Fitch Ratings a décidé de laisser inchangée la note souveraine du Cameroun, tout en maintenant une perspective négative. Dans l'analyse qui accompagne cette décision, publiée le 24 avril 2026, l'agence de notation met en avant des fondamentaux macroéconomiques jugés solides, mais continue de pointer des fragilités structurelles, notamment en matière de gouvernance et de gestion des finances publiques.
Dans son communiqué, Fitch indique que " la notation du Cameroun est soutenue par une croissance solide du PIB et un calendrier d'amortissement de la dette maîtrisable. Cela est contrebalancé par un faible PIB par habitant, des indicateurs de gouvernance faibles et des défis sécuritaires persistants ". L'agence souligne que la perspective négative reste liée à plusieurs facteurs de risque, même si certains se sont atténués au cours des derniers mois.
Transition politique et tensions budgétaires sous surveillance
Parmi ces risques, la question de la succession présidentielle demeure centrale dans l'évaluation du risque souverain. Fitch note que " le risque d'une transition de pouvoir désordonnée au Cameroun a diminué, mais ne s'est pas dissipé, à la suite de la réforme constitutionnelle d'avril 2026 ayant créé le poste de vice-président ". L'agence précise toutefois que des incertitudes persistent dans un contexte politique fragmenté, d'autant que le nouveau dispositif institutionnel n'a pas encore été mis à l'épreuve.
Sur le plan budgétaire, Fitch insiste sur la persistance de faiblesses dans la gestion des finances publiques. Elle relève que " le stock d'arriérés intérieurs de l'État a légèrement augmenté pour atteindre 560 milliards de FCFA en 2025 (soit 1,6 % du PIB) ", ajoutant ne pas anticiper de baisse à court terme. Dans le même registre, l'agence met en avant la poursuite de pratiques quasi budgétaires, indiquant que " les “interventions directes” de la Société nationale des hydrocarbures sont restées élevées en 2025 " et devraient se maintenir malgré les engagements pris par le gouvernement pour y mettre un terme.
Les contraintes de financement constituent un autre point d'attention. Selon Fitch, " l'absence d'accord sur un programme du FMI constituerait un risque pour le plan de financement ", même si l'émission d'un eurobond de 750 millions de dollars en janvier 2026 témoigne d'un accès maintenu aux marchés internationaux. En parallèle, sur le marché régional, l'agence estime que la capacité d'absorption reste limitée, en raison d'une demande en recul pour les titres publics des États de la CEMAC.
Une trajectoire de dette mieux orientée, mais sous contraintes
Malgré ces fragilités, Fitch met en avant une dynamique de dette relativement favorable. L'agence estime que " la dette du Cameroun est tombée à 41,2 % du PIB en 2025 " et pourrait continuer de reculer pour atteindre " 40,2 % d'ici 2027 ", un niveau inférieur à la médiane des pays notés dans la catégorie " B ". Cette évolution reposerait principalement sur une croissance nominale soutenue et des déficits budgétaires contenus.
Sur le plan macroéconomique, Fitch table sur une croissance moyenne de 3,7 % sur la période 2026-2027. Cette projection reste toutefois exposée à plusieurs aléas extérieurs. L'agence prévient notamment que " la crise énergétique mondiale actuelle pourrait se traduire par un accès plus difficile aux importations de carburant et d'engrais, freinant ainsi la croissance ".
Dans le même temps, les équilibres extérieurs pourraient se détériorer. Fitch prévoit que le déficit courant atteindra 4,4 % du PIB sur la période 2026-2027, notamment sous l'effet d'une baisse attendue des prix du cacao, après une année 2025 marquée par des recettes d'exportation particulièrement dynamiques.
Enfin, l'analyse de Fitch accorde un poids déterminant aux indicateurs de gouvernance. L'agence rappelle que le Cameroun se situe à un niveau faible dans les classements internationaux, avec un score qui reflète " l'absence d'antécédents récents de transitions politiques pacifiques, une capacité institutionnelle limitée, une application inégale de l'État de droit, un niveau de corruption élevé et des problèmes de sécurité persistants ".
Perton Biyiha
Publié le 27/04/26 11:33
La Rédaction
SN
CEMAC