Alors que sa transformation locale occupe les esprits, le manganèse gabonais pourrait entrer dans une nouvelle chaîne de valeur mondiale, bien plus sophistiquée que ses débouchés traditionnels dans l'acier. L'américain GE HealthCare teste actuellement le mangaciclanol, un agent de contraste à base de manganèse destiné à l'imagerie par résonance magnétique. Le produit est encore en phase 2/3, mais s'il est approuvé, il pourrait constituer une alternative aux produits à base de gadolinium utilisés aujourd'hui pour des dizaines de millions d'examens chaque année.
L'enjeu économique est réel pour un pays comme le Gabon. GE HealthCare estime qu'environ 65 millions d'examens IRM avec injection de gadolinium sont réalisés chaque année dans le monde et le Gabon fait parti des pays disposant d'importantes ressources en manganèse. Autrement dit, une matière première essentiellement vendue aujourd'hui aux industries métallurgiques pourrait demain intéresser également une industrie pharmaceutique et médicale où la valeur se construit davantage dans la transformation, la purification et la formulation que dans l'extraction du minerai elle-même.
Ce potentiel débouché se dévoile au moment où Libreville cherche justement à réduire la part de manganèse exportée sans transformation suffisante. Le pays dispose d'un avantage minier important grâce au bassin de Moanda, mais une grande partie de la valeur finale continue d'être créée en aval, hors du territoire national. Après l'acier, puis l'essor attendu des usages dans les batteries, l'imagerie médicale rappelle donc que les débouchés du manganèse se diversifient plus vite que le modèle industriel gabonais.
Cette diversification renforce la pression en faveur d'une montée en gamme industrielle. Le minerai extrait à Moanda peut alimenter des usages de plus en plus spécialisés, mais la valeur supplémentaire se concentre dans les étapes de traitement avancé, de purification et de fabrication de composés chimiques. Plus ces débouchés se développent, plus la transformation locale devient déterminante pour éviter que le Gabon ne reste cantonné à l'exportation de matière première.
Le mangaciclanol reste expérimental, mais son développement élargit déjà le champ des usages possibles du manganèse. Au-delà de l'acier et des batteries, le minerai pourrait désormais pénétrer des marchés médicaux à forte valeur ajoutée. Pour le Gabon, cette évolution donne une nouvelle portée à sa stratégie de transformation locale : produire davantage sur place, mais surtout accéder aux segments industriels où le manganèse vaut bien plus une fois transformé qu'à la sortie de la mine.
Idrissa Diakité
Publié le 25/09/26 12:28
La Rédaction
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