Le Gabon veut transformer davantage l'épargne nationale en financement du développement. C'était tout l'objet du récent Forum national de l'épargne pour le développement (FONED) des 2 et 3 septembre 2026 à Libreville. Le thème retenu ne laissait guère d'ambiguïté : " Épargne et souveraineté financière : la Caisse des Dépôts, instrument du financement endogène du PNCD 2026-2030 ". L'exécutif y a défendu la mobilisation des ressources nationales comme l'une des solutions permettant de financer durablement les investissements du pays notamment via la diaspora.
Le gouvernement part cependant avec un problème de confiance très concret. Le 19 juin 2026, il a officiellement indiqué que près de 32 milliards FCFA étaient dus aux épargnants de La Poste SA et lancé une première phase de remboursement dotée de 10 milliards FCFA. Les autorités indiquaient elles-mêmes que la situation affectait depuis plusieurs années des milliers de Gabonais. Trois mois avant le FONED, l'État consacrait donc des milliards à restituer une épargne devenue indisponible. En septembre, il cherche à nouveau les moyens de mobiliser davantage l'épargne nationale pour financer le développement.
Le passif de La Poste ne date pas de 2026
La crise trouve ses racines dans les difficultés financières accumulées par l'entreprise publique et son activité d'épargne au cours des années précédentes. Pendant près d'une décennie, une partie des déposants s'est retrouvée dans l'impossibilité de disposer normalement de ses avoirs, transformant progressivement un problème de liquidité en crise de confiance. En juin 2026, le chef de l'État a lui-même évoqué une situation subie par les épargnants " depuis une dizaine d'années ", avant que le gouvernement ne chiffre à près de 32 milliards FCFA les sommes concernées et ne mobilise une première enveloppe de 10 milliards pour engager les remboursements.
Les deux dispositifs ne doivent néanmoins pas être assimilés. La Caisse des Dépôts et Consignations et La Poste SA sont des institutions distinctes, avec des missions, des règles de fonctionnement et des mécanismes de sécurisation différents. Le précédent postal pose cependant une question commune à toute stratégie de mobilisation de l'épargne : celle de la confiance. Après plusieurs années durant lesquelles des épargnants ont attendu de récupérer leurs propres fonds, l'État doit désormais convaincre les ménages que les nouveaux mécanismes proposés pour orienter l'épargne vers le plan national de croissance offrent des garanties différentes. Un ménage accepte de placer une partie de son revenu à long terme s'il sait qui conserve son argent, comment il est investi et dans quelles conditions il peut le récupérer.
C'est cette question de confiance que le nouveau dispositif devra construire
Un ménage accepte de placer une partie de son revenu à long terme s'il sait qui conserve son argent, comment il est investi, quelle rémunération il reçoit et dans quelles conditions il peut le récupérer. Pour transformer cette épargne en financement de centrales, logements, infrastructures ou entreprises, les autorités devront donc démontrer que les nouveaux véhicules disposent de règles de gouvernance, de contrôle et de restitution suffisamment solides. Point sur lequel l'actuel vice-président de la République et économiste Alexandre Barro Chambrier, a d'ailleurs insisté en ouvrant le dernier forum.
La publication du montant effectivement versé aux épargnants, du nombre de bénéficiaires déjà désintéressés et du calendrier prévu pour traiter le reliquat constituerait désormais un indicateur de confiance. Avant de demander aux ménages de contribuer davantage au financement du Plan national de croissance et de développement, Libreville devra donc au préalable, montrer que l'épargne confiée aux institutions peut être sécurisée dans la durée.
Idrissa Diakité
Publié le 10/09/26 10:44
La Rédaction
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