Gabon : Après le putsch, Moody’s redoute des “tensions économiques et financières”

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                Général Brice Oligui Nguema, président de la transition du Gabon

Après la prestation de serment ce 4 septembre, du général Brice Oligui Nguema, le nouveau président de la transition du Gabon, l'économie du pays pourrait entrer dans une phase critique marquée par un rétrécissement des financements internationaux selon Moody's Investor Service.

“Nous nous attendons à ce que la prise de pouvoir par les militaires et l'incertitude politique accrue pèsent sur les perspectives économiques du Gabon et sur le soutien financier de la communauté internationale”, prévient l'agence de notation américaine dans une analyse publiée le 1er septembre dernier.

Concrètement, les analystes de Moody's s'attendent à une baisse des investissements directs étrangers qui ont atteint en moyenne 9 % du PIB entre 2016 et 2021. Bien plus, le programme en cours avec le Fonds Monétaire International (FMI), qui a déjà connu des retards depuis l'achèvement de la première et de la deuxième revue en juin 2022, est susceptible de ralentir davantage.

Voir aussi - Fitch abaisse la perspective sur la note du Gabon de “positive” à “stable”

En effet les 3ème et 4ème revues ont été reportées, le Gabon ayant manqué à certains engagements. Avec le coup d'État, il est désormais peu probable que le pays reçoive des décaissements du Fonds prévus cette année, ainsi que d'autres financements liés au programme, tels que celui de la Banque africaine de développement (BAD).

Cette frilosité de ses partenaires va pousser Libreville à se replier sur le marché domestique des capitaux de la CEMAC “qui est peu profond pour le financement”, estime Moody's. A fin juin 2023, l'État gabonais était l'un des émetteurs de référence sur le marché des titres publics avec un encours de près de 1 500 milliards FCFA.

Pas de défaut de paiement en perspective

Toutefois la suspension des financements internationaux ne devrait pas ébranler l'économie gabonaise, ni même altérer sa capacité à honorer ses échéances. Et pour cause, soutient l'agence, la trésorerie du pays est appelée à se renforcer avec une augmentation des revenus pétroliers dans le sillage d'une hausse du prix du baril.

Moody's s'appuie également sur une amélioration des recettes fiscales couplée à des échéances des paiements “modérés” sur sa dette à court terme. Libreville est cependant attendu en 2025, pour un remboursement de 605 millions de dollars sur ses euro-obligations. “Nous estimons que les besoins bruts de financement du Gabon seront relativement contenus cette année et l'année prochaine”, a déclaré l'agence de notation.

Le Gabon est noté Caa1 par Moody's (et B- par Fitch) et pour l'instant, l'agence n'a pas émis l'hypothèse d'un déclassement de la note du pays, ce d'autant que la probabilité que des sanctions économiques et financières soient imposées au Gabon reste "incertaines à ce stade précoce". Le 31 août dernier, la conférence des chefs d'Etat et de Gouvernement de la Communauté Economique des Etats de l'Afrique Centrale (CEEAC) s'est réunie en session extraordinaire pour évoquer la situation politique et sécuritaire au Gabon. Les autorités de la CEEAC ont condamné la prise de pouvoir par la force, mais n'ont pas émis de sanction contre Libreville. Le Président centrafricain Faustin Archange Touadéra a été mandaté pour engager des pourparlers avec la junte pour un retour à l'ordre constitutionnel.

Rappelons que c'est le mercredi 30 août à l'aube, moins d'une heure après la proclamation des résultats de la présidentielle et la réélection annoncée à près de 65 % du président sortant Ali Bongo, que des militaires ont proclamé "la fin du régime", l'accusant d'avoir truqué le scrutin. Ils ont aussitôt décrété la dissolution de toutes les institutions du pays et avait ordonné la fermeture immédiate des frontières du Gabon jusqu'à nouvel ordre. (Elles ont été rouvertes depuis ce 2 septembre).

Cédrick Jiongo

La Rédaction

Publié le 04/09/23 12:37

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