L'agence de notation Fitch Ratings a reconduit, ce vendredi 22 mai 2026, la note de défaut émetteur à long terme en devises (LTFC) du Gabon à CCC-. Derrière ce statu quo, l'agence tire la sonnette d'alarme sur le marché domestique en dégradant notamment la perspective implicite de la note en monnaie locale à CC. Fitch souligne un effet de ciseau brutal entre des chantiers publics phares et un assèchement de la liquidité en zone CEMAC.
La note d'analyses de Fitch Ratings met notamment en lumière les déséquilibres macroéconomiques profonds auxquels fait face Libreville. Selon les données de l'agence, le déficit budgétaire a culminé à un niveau record de 12,2 % du PIB en 2025, contre une médiane de seulement -3,1 % pour les pays de notation similaire. Un dérapage budgétaire qui s'explique par la politique de grands travaux initiée par les autorités, propulsant les dépenses d'investissement à 11 % du PIB, bien au-delà de la moyenne historique du pays (2,7 %).
Pour financer ce train de vie, l'État a massivement accumulé des arriérés de paiement, qui représentent désormais 4,8 % du PIB. Dans le même temps, la note de la dette à long terme en monnaie locale stagne à CC, un niveau qui matérialise une probabilité de défaut très élevée sur le marché financier régional de la CEMAC. En résumé, selon l'agence américaine, le Gabon fait face à des amortissements domestiques colossaux évalués à 11,6 % du PIB en 2026 et 15,6 % en 2027.
Dans un contexte de forte baisse de la liquidité bancaire en zone CEMAC, l'agence s'attend à ce que le pays ne puisse contracter aucun nouveau financement net auprès des investisseurs locaux, devant se contenter de reconduire ses maturités existantes. Pour combler son besoin de financement brut, Libreville dépend désormais presque exclusivement de l'extérieur. L'enveloppe de financement sera principalement portée par le méga-prêt commercial d'un milliard de dollars structuré en avril dernier par le géant du négoce Trafigura via une facilité de prépaiement de cargaisons de pétrole. À cela s'ajoutent un appui sectoriel de la Banque mondiale de 150 millions de dollars et des financements bilatéraux.
Contrairement à ce qui est attendu par Libreville, Fitch se montre prudente et n'intègre pas la conclusion d'un programme avec le FMI dans ses projections d'ici 2027. Bien que le gouvernement ait formellement sollicité l'aide du Fonds en mars dernier et lancé un audit complet de sa dette. Par ailleurs, le compte d'opérations du pays auprès de la BEAC affichait un solde négatif de -298 millions de dollars fin 2025 selon les données de l'agence. Toute chose qui a largement contribué à l'érosion des réserves de change communes de la CEMAC, passées de 7 528 milliards FCFA à 6 769 milliards FCFA en un an.
Publié le 24/05/26 16:20
La Rédaction
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