Le gouvernement a engagé, le 3 août, les préparatifs d'un audit national des dérogations fiscales et douanières accordées aux entreprises. Présidée par le vice-président du gouvernement Hermann Immongault, la réunion de cadrage a réuni le ministre délégué au Budget Marc Abeghe, les directeurs généraux des Impôts et des Douanes, ainsi que les ministres sectoriels concernés. L'opération, annoncée pour septembre, doit mesurer la conformité, l'efficacité et l'impact budgétaire de ces dispositifs, avant une phase de contrôle sur le terrain destinée à vérifier que les entreprises bénéficiaires ont respecté leurs engagements d'investissement.
Cette initiative s'inscrit dans un chantier de refonte des outils de prévision macroéconomique du pays évoqué dans le rapport d'assistance technique du FMI publié en décembre 2025. Le Fonds y détaille le calendrier d'un projet de deux ans, mené avec la Direction générale de l'Économie et de la Politique Fiscale (DGEPF), visant à doter le Gabon d'un Modèle de Projection Macroéconomique (MPM) cohérent, interfacé avec un outil de dynamique de la dette (DDT). Dans ce cadre, le département des Finances publiques du FMI a déjà conduit, en février 2025, une mission ayant abouti au développement d'un modèle de prévision des recettes non pétrolières, dont l'intégration au futur MPM est prévue durant la phase de personnalisation de l'outil.
Or les dépenses fiscales, ces recettes non perçues du fait des exonérations, constituent précisément le type d'angle mort que ces modèles peinent à intégrer lorsqu'elles ne sont pas quantifiées à la source. Le rapport du FMI souligne par ailleurs que la fiabilité des prévisions macro-budgétaires gabonaises reste conditionnée par la qualité et la disponibilité des données transmises par les différentes administrations, un point identifié comme un risque élevé pour la réussite du projet d'assistance technique. Un audit produisant un état des lieux chiffré et exploitable des exonérations en vigueur offrirait donc une base concrète, aujourd'hui absente, pour alimenter les travaux de cadrage conduits par le Comité Interministériel de Cadrage Macroéconomique et Budgétaire (CICMB) et, à terme, le Cadre Budgétaire à Moyen Terme en cours de construction avec l'appui du FAD.
L'enjeu dépasse largement la seule mécanique budgétaire. Le FMI rappelait déjà en 2023 que le déficit primaire hors pétrole du Gabon avait atteint 8,2% du PIB hors pétrole fin 2023, et recommandait un ajustement le ramenant à environ 2% d'ici 2027-2028, porté notamment par un renforcement de la mobilisation des recettes intérieures. Un audit débouchant sur une meilleure traçabilité des avantages fiscaux consentis aux opérateurs économiques constituerait un signal concret de mise en œuvre de cette recommandation, susceptible d'intéresser les agences de notation qui suivent la trajectoire budgétaire du pays, alors que Moody's maintient une perspective négative sur la note souveraine et que Fitch la situe en catégorie CCC-.
Cependant, la portée réelle de cet audit dépendra de la capacité des administrations à produire, dans le délai fixé, un canevas méthodologique robuste et un chronogramme de déploiement des équipes tenable, comme l'a demandé Hermann Immongault en clôture de la réunion du 3 août. Si le calendrier annoncé est respecté, les résultats attendus pour septembre pourraient converger avec les échéances du projet MPM, dont la phase de personnalisation pour le Gabon doit s'achever fin février 2026. L'articulation entre ces deux chantiers, l'un porté par la DGI et la DGDDI, l'autre par la DGEPF, sera à surveiller comme un indicateur de la coordination interinstitutionnelle que le FMI identifie lui-même comme une condition de succès de la réforme des finances publiques gabonaises.
Idrissa Diakité
Publié le 04/08/26 16:30
La Rédaction
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