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Gabon : L'incertitude s'installe à la Comilog avec le désengagement de la famille Duval, premier actionnaire d'Eramet

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Le groupe minier Eramet entre dans une nouvelle zone de turbulences suite à l'annonce du retrait prochain de la famille Duval, son actionnaire de référence. Ce désengagement, qui survient alors que le groupe affronte des tensions de gouvernance et une structure financière sous pression, place le Gabon au centre de l'échiquier. Pour le groupe français, la filiale gabonaise, la Compagnie minière de l'Ogooué (Comilog), n'est plus seulement un actif opérationnel, mais le poumon financier indispensable à la survie de la holding, compensant par sa robustesse les déboires des branches nickel en Nouvelle-Calédonie et en Indonésie.

Les chiffres illustrent d'ailleurs cette dépendance. En 2023, la mine de Moanda a atteint une production record de 7,4 millions de tonnes, confirmant la position du Gabon comme deuxième producteur mondial de manganèse haute teneur. Pourtant, cette performance occulte une réalité financière fragile. Avec six exercices de cash-flows négatifs sur les dix dernières années, le groupe peine à générer la liquidité nécessaire à ses investissements massifs, notamment les centaines de milliards de FCFA engagés pour la modernisation de la Setrag et l'extension de la mine de Bangombé. Le départ de la famille Duval, qui refuse de participer à une nouvelle augmentation de capital, marque l'épuisement d'un modèle actionnarial historique incapable d'accompagner durablement ces besoins en fonds propres.

Au Gabon, cette mutation actionnariale coïncide avec une exigence de souveraineté sur les ressources extractives. Libreville, actionnaire à hauteur de 28,9 % de la Comilog, ne se contente plus de percevoir des dividendes. Les autorités imposent désormais une accélération de la transformation locale, via le Complexe métallurgique de Moanda (CMM), et n'hésitent plus à actionner le levier réglementaire, tel que le récent blocage temporaire des exportations, pour rappeler les impératifs de la réglementation de change et la nécessité de valorisation in situ.

Si l'arrivée d'un repreneur, potentiellement asiatique, pourrait apporter la bouffée d'oxygène financière nécessaire au bilan consolidé d'Eramet, elle redéfinirait également les rapports de force au sein de la Comilog. Le futur acquéreur devra répondre à un cahier des charges incluant garantie de la continuité des investissements dans les infrastructures critiques et démontration de sa capacité à s'aligner sur la vision industrielle gabonaise. Ce basculement reste pour l'heure une fenêtre d'opportunité stratégique pour renégocier les pactes d'actionnaires et sanctuariser les revenus extractifs au service du développement national.

Idrissa Diakité

Publié le 08/04/26 12:02

La Rédaction

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