Gabon : L’armateur national CNNII replonge dans une crise de gouvernance

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La Compagnie nationale de navigation intérieure et internationale (CNNII) fait face à une nouvelle zone de turbulences, avec un mouvement social qui bloque une partie de ses activités à Port-Gentil et remet au premier plan la question de sa gouvernance. Le 5 janvier 2026, des agents ont déclenché une grève, dénonçant l'absence d'un interlocuteur " crédible " et des dysfonctionnements persistants dans la gestion, au moment où la continuité des rotations maritimes est déterminante pour l'approvisionnement du pays.

Le nœud de la crise est social, mais il renvoie directement à des choix de pilotage. Les grévistes évoquent une dette salariale supérieure à 19 mois d'impayés, couvrant la période 2019-2025, ainsi que des manquements sur les cotisations sociales et certaines obligations envers des agents admis à la retraite. Le mouvement conteste également des décisions de gestion des ressources humaines, notamment l'arrivée de 33 nouveaux employés et stagiaires, jugée inopportune dans un contexte où l'entreprise peine déjà à honorer ses engagements financiers courants.

La CNNII constitue pourtant un maillon logistique stratégique de l'économie gabonaise, assurant la liaison maritime entre Libreville et Port-Gentil, le transport de marchandises essentielles et la mobilité des personnes entre les deux principaux pôles économiques du pays. Toute perturbation de son activité fragilise les chaînes d'approvisionnement, renchérit les coûts logistiques et pèse sur les prix des biens et services, dans un contexte déjà marqué par des tensions sur les carburants et le gaz.

Cette crise intervient par ailleurs, alors que sur le papier, l'activité de la CNNII est intégrée à la trajectoire budgétaire de l'État. Le Projet de loi de finances 2026 fixe ses recettes à 1,7 milliard FCFA, un niveau annoncé comme identique à celui de 2025. Cette stabilité budgétaire contraste avec la réalité opérationnelle d'un armateur confronté à des arriérés, à des blocages sociaux et à des fragilités de gouvernance. Appelée à être un outil de souveraineté logistique, capable de garantir la continuité territoriale à des coûts maîtrisés, la CNNII semble aujourd'hui à la dérive. L'écart entre ce rôle théorique et la situation actuelle souligne l'urgence d'un redressement managérial et opérationnel pour éviter que les dysfonctionnements de l'armateur national ne continuent de peser sur l'économie locale.

Idrissa Diakité

La Rédaction

Publié le 08/01/26 18:43

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