Avec une facture d'importation alimentaire qui frôle chaque année les 550 milliards FCFA pour nourrir ses 2,4 millions d'habitants, le Gabon subit une extraversion économique qui pèse lourdement sur sa balance commerciale. Face à cette vulnérabilité macroéconomique, exacerbée par la volatilité des cours mondiaux, Libreville vient d'actionner une thérapie de choc. Le bilan des 100 premiers jours du ministère de l'Agriculture, de l'Élevage et du Développement Rural, piloté par Pacôme Kossy, confirme ce virage, avec l'intention ferme de diviser par deux cette dépendance extérieure à court terme en substituant les flux marchands par une industrialisation locale massive, délestée de tout financement budgétaire direct de l'État.
Pour réussir ce pari sans creuser la dette publique, le gouvernement gabonais a choisi de faire pivoter son modèle vers le Partenariat Public-Privé (PPP) en ciblant la filière avicole, premier poste d'hémorragie de devises. En l'espace de trois mois, Libreville a formalisé 5 conventions d'investissement majeures avec des consortiums internationaux originaires de Chine, de Turquie, de Hong-Kong et du Cameroun, sécurisant une enveloppe globale de 775 milliards de FCFA. Portés à 100 % par des capitaux privés (IDE), ces fonds financeront le déploiement de Fermes Avicoles Nationales Intégrées (FANI) pour atteindre une capacité cible de 130 000 tonnes de poulet de chair par an, permettant de sanctuariser l'échéance couperet du Conseil des ministres fixant l'arrêt total des importations de volaille au 1er janvier 2027.
Afin de maximiser l'attractivité du pays auprès de géants industriels tels que HK Grove Metal (265 milliards FCFA investis à Owendo) ou Qingdao Intelligent Poultry (241 milliards FCFA projetés), l'exécutif déploie une artillerie fiscale et domaniale particulièrement agressive. Les conventions signées prévoient l'octroi de baux emphytéotiques allant jusqu'à 1 000 hectares pour la sécurisation foncière, couplés à une exonération totale de l'Impôt sur les Sociétés (IS) pendant 5 ans, un taux réduit à 25 % sur les 10 années suivantes, ainsi qu'une franchise douanière intégrale et une exemption de TVA sur les intrants et équipements de production.
À très court terme, et pour contenir l'inflation le temps que l'offre locale émerge, l'État s'est résolu à suspendre temporairement pour six mois les droits et taxes sur les denrées alimentaires de première nécessité. Cette stratégie de souveraineté ne néglige pas le local content et cherche d'ailleurs à arrimer le tissu entrepreneurial national pour éviter un effet d'éviction par les multinationales.
A noter que le Plan Opérationnel d'Urgence pour la Filière Avicole (POUFA) a également sélectionné 150 fermes locales portées par des nationaux qui bénéficieront d'un mécanisme de levier financier inédit porté par une enveloppe de 6,8 milliards FCFA négociée sous forme de Crédit Agricole à Taux Réduit (CATR) en partenariat avec la Banque pour le Commerce et l'Entrepreneuriat du Gabon (BCEG). Autant de leviers qui pourraient permettre d'opérationnaliser cette approche intégrée.
Idrissa Diakité
Publié le 20/05/26 13:18
La Rédaction
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