Le Gabon ne veut plus être uniquement un exportateur de minerai brut. En marge du Mining Indaba au Cap, le ministre des Mines, Sosthène Nguema Nguema, a réaffirmé que l'interdiction d'exporter du manganèse non transformé à partir de 2029 sera appliquée sans dérogation selon l'agence Reuters. Les contraintes énergétiques, régulièrement avancées par les opérateurs miniers, ne seront pas considérées comme un motif valable de report. Le pays, deuxième producteur mondial de manganèse, entend accélérer sa stratégie de transformation locale afin de capter davantage de valeur ajoutée, après des décennies dominées par l'exportation de minerai brut.
Il faut dire que le pays a exporté 9,4 millions de tonnes de manganèse en 2024. La quasi-totalité de ces volumes est expédiée sous forme brute, ce qui limite la captation de valeur ajoutée locale. Face à cette situation, le Gabon entend désormais réorienter son modèle vers la transformation, à l'image d'autres pays africains qui cherchent à maximiser les retombées fiscales et industrielles de leurs ressources naturelles. Pour y parvenir, le gouvernement exige des opérateurs un calendrier détaillé d'investissement et des avancées concrètes vers la construction d'unités de raffinage.
Les compagnies minières, dont Eramet via Comilog à Moanda, ont déjà signalé que l'approvisionnement électrique constitue un défi majeur dans un pays où les tensions énergétiques restent récurrentes. Mais Libreville estime que l'argument n'est plus recevable. Selon le ministre, certaines technologies industrielles permettraient de réduire la consommation énergétique des procédés de 40 à 60 %, rendant viable la transformation locale même dans un contexte contraint. Autrement dit, l'État considère que la question n'est plus technique, mais stratégique : investir ou se retirer.
Au-delà du manganèse, le gouvernement accélère également sur le fer, avec l'entrée en production attendue cette année des projets Belinga et Baniaka. Les autorités ont prévenu que les licences pourraient être retirées aux entreprises qui ne respecteraient pas leurs engagements d'ouverture ou de construction. Cette fermeté traduit une volonté d'imposer une discipline industrielle nouvelle dans le secteur extractif. Reste à savoir si le rythme des investissements suivra l'ambition politique, dans un environnement où l'énergie demeure un facteur clé de compétitivité.
Idrissa Diakité
Publié le 12/02/26 11:55
La Rédaction
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