Le marché obligataire adore les excès. Quelques jours après la dégradation très médiatisée de la note d'Afreximbank par Fitch Ratings, JPMorgan prend le contre-pied du consensus et relève sa recommandation sur les titres de la Banque africaine d'import-export (Afreximbank) de ‘'sous-pondérer'' à ‘'surpondérer''. Autrement dit, la banque américaine estime qu'il faut désormais acheter.
Dans une note publiée début février, ses analystes jugent que la chute des cours consécutive à la dégradation a fait émerger de la valeur. ‘'Nous pensons que la vente massive d'obligations d'Afreximbank a créé davantage de valeur dans ses obligations et les a rendues plus attractives par rapport aux indices de référence'', écrivent-ils, formulant de facto une recommandation d'achat.
Une dégradation aux lourdes implications symboliques
L'épisode trouve son origine dans la décision de Fitch d'abaisser la note de crédit d'Afreximbank. L'agence a estimé que l'institution n'avait pas bénéficié du statut de créancier privilégié lors de la restructuration de la dette du Ghana, un accord qui a imposé des pertes sur certains prêts.
Pour les marchés, le signal est sensible. Le statut de créancier privilégié constitue un pilier du modèle des banques multilatérales de développement. Il sous-entend qu'en cas de crise souveraine, leurs créances sont remboursées en priorité. Remettre en cause cette présomption revient à fragiliser la perception de risque.
Afreximbank a vivement contesté cette analyse, estimant que la méthodologie de Fitch ne reflétait ni son mandat légal ni les protections prévues par les traités. Dans la foulée, la banque panafricaine a rompu ses liens avec l'agence. Fitch a ensuite retiré la notation, invoquant des raisons commerciales, mettant fin à la couverture d'un rating sollicité et rémunéré par l'émetteur.
Moody's en arbitre clé
Désormais, Moody's reste la seule grande agence à noter Afreximbank. Et c'est là que se joue une partie déterminante pour les investisseurs institutionnels.
Tant que la notation de Moody's est maintenue, les obligations de la banque demeurent éligibles aux grands indices obligataires de qualité investissement de JPMorgan, largement suivis par les gestionnaires d'actifs. Une exclusion de ces indices entraînerait mécaniquement des ventes forcées de la part des fonds indiciels. À ce stade, Moody's n'a pas signalé qu'elle comptait emboîter le pas à Fitch.
Cette stabilité relative explique en partie la lecture opportuniste de JPMorgan. La correction des prix a été brutale, mais le cadre d'investissement de nombreux acteurs reste inchangé.
Un modèle à ajuster face aux restructurations souveraines
Au-delà de l'épisode conjoncturel, la question centrale porte sur l'exposition d'Afreximbank aux restructurations de dettes souveraines africaines. Les analystes de JPMorgan estiment que l'institution devrait être en mesure d'adapter ses pratiques de prêt afin de limiter son exposition future à ce type d'événements.
Ils anticipent également un soutien continu de ses actionnaires publics. ‘'Les États souverains devraient également continuer à soutenir Afreximbank et à lui accorder un traitement préférentiel partout où ils le peuvent'', ont-ils souligné.
Cet appui implicite des États membres constitue un élément structurant du profil de crédit de la banque. Afreximbank, dont les principaux actionnaires sont des Etats africains, joue un rôle clé dans le financement du commerce intra-africain et dans la mise en œuvre de la Zone de libre-échange continentale africaine.
Publié le 12/02/26 09:42
Dr Ange Ponou
SN
CEMAC