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Gabon : L’insécurité comme impôt caché sur la croissance

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Au Gabon, la perception d'une police corrompue et peu fiable récemment mise en avant dans le dernier classement Afrobarometer 2025, ne relève pas seulement d'un problème d'image institutionnelle. Elle a aussi un coût économique réel et croissant. Selon cette étude, plus d'un Gabonais sur cinq (22%) a dû verser un pot-de-vin à la police au cours de l'année écoulée, soit pour obtenir une assistance, soit pour éviter des ennuis. Cette situation agit comme une forme d'" impôt invisible " pesant sur les ménages et les entreprises. 

Les données mettent en évidence une spirale économique délétère où 51% des citoyens sollicitant l'aide de la police affirment avoir dû payer pour être servis, et 35% de ceux confrontés à des contrôles routiers ont versé un pot-de-vin. Ces pratiques récurrentes augmentent les coûts de transaction quotidiens, renchérissent le prix du transport, et finissent par se répercuter sur les prix à la consommation. Pour les petites entreprises, souvent contraintes de se déplacer et de transporter leurs marchandises, ces surcoûts constituent un véritable frein à la compétitivité. 

Au-delà des pots-de-vin, la méfiance généralisée envers les forces de l'ordre (seuls 25% des Gabonais déclarent leur faire confiance) a un impact direct sur le climat des affaires. Les investisseurs, locaux comme étrangers, associent l'insécurité à un environnement incertain, marqué par l'arbitraire et l'absence de garanties juridiques solides. La conséquence est sans appel, une prime de risque plus élevée, des projets retardés et un coût du capital qui grimpe. 

Cette dynamique affecte aussi les finances publiques. Dans un contexte où 89% des citoyens jugent la lutte gouvernementale contre la criminalité inefficace, les autorités doivent multiplier les dépenses sécuritaires pour tenter de compenser la perte de confiance. Ce déséquilibre réduit l'espace budgétaire pour les investissements productifs (infrastructures, éducation, santé), essentiels à la croissance. Autrement dit, l'insécurité détourne des ressources vers la gestion des symptômes plutôt que vers le traitement des causes. 

À terme, la réforme annoncée par le ministère de l'Intérieur, qui prévoit le recrutement de 1 000 agents et la formation de 944 sous-officiers, ne pourra porter ses fruits qu'à condition d'assainir les pratiques. Pour rappel, le ministère de l'Economie a récemment indiqué vouloir mettre fin à la parafiscalité qui se traduit une somme de taxe informelle et dissuasive pour l'économie gabonaise, freinant à la fois la consommation, l'investissement et la confiance dans l'État.

Idrissa Diakité

Publié le 02/09/25 15:42

La Rédaction

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