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Gabon : Quand une nouvelle pénurie de gaz butane révèle les failles de la chaîne nationale de raffinage

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Le Grand Libreville traverse depuis fin juillet 2026 une nouvelle pénurie de gaz butane, la seconde de l'année après celle de début janvier. La distribution n'a retrouvé un rythme quasi normal que depuis ce 1er août, après plusieurs jours de tension pour un produit vendu à un prix réglementé de 4 950 FCFA la bouteille. Cette crise n'est pas un événement isolé : elle est la matérialisation concrète, dans le panier de consommation des ménages, d'une fragilité que la Direction générale de l'économie et de la politique fiscale (DGEPF) documente formellement dans sa note de conjoncture du premier trimestre 2026.

Cette note attribue en effet le recul de 1,7% de l'activité de raffinage au premier trimestre, portant le repli à 15,2% en glissement annuel, à " des contraintes d'approvisionnement en matières premières qui ont limité les performances industrielles de l'usine ". Autrement dit, la Société Gabonaise de Raffinage, seule raffinerie du pays, ne disposait déjà plus, dès janvier-mars, d'un flux de brut suffisant pour fonctionner à plein régime, dans un contexte où la production pétrolière nationale reculait elle-même de 4,0% sur la période, sous l'effet d'arrêts techniques programmés et de l'explosion d'un pipeline signalés par la même note.

Ce diagnostic, posé par la DGEPF sur la base des chiffres du premier trimestre, se retrouve presque mot pour mot dans la presse locale au moment de la pénurie de fin juillet : la Sogara " fonctionne aujourd'hui au ralenti faute d'un approvisionnement suffisant en pétrole brut ", un paradoxe pour un pays producteur depuis plus d'un demi-siècle. La raison en est structurelle plutôt qu'accidentelle : les opérateurs pétroliers privilégient l'exportation du brut, plus rentable sur les marchés internationaux, au détriment de l'alimentation de l'outil de raffinage domestique, dont l'infrastructure vieillissante nécessiterait par ailleurs d'importants investissements pour retrouver sa pleine capacité.

Comme l'essence, le gasoil, le jet A1 et le gaz butane sortent de la même chaîne de transformation, un ralentissement du raffinage pénalise mécaniquement les quatre produits à la fois, ce qui explique pourquoi la pénurie de janvier avait déjà touché de front le Super et le butane, et pourquoi celle de juillet-août reproduit exactement le même schéma. C'est précisément cette répétition, à sept mois d'intervalle, qui déplace la lecture du problème. La première pénurie, en janvier, avait été officiellement attribuée par les autorités à une surconsommation conjoncturelle liée aux fêtes de fin d'année, une explication qui pointait vers la demande.

La seconde survient à un moment de l'année sans pic de consommation exceptionnel, ce qui oriente l'explication vers l'offre, et rejoint ainsi la contrainte d'approvisionnement en matières premières déjà signalée par la DGEPF pour le premier trimestre. Dans l'intervalle, la Société Gabonaise d'Entreposage de Produits Pétroliers, entreprise publique en charge du stockage, avait dû sortir de sa réserve dès janvier pour clarifier son rôle et rassurer les ménages sur une amélioration progressive de la disponibilité. Face à cette fragilité qui se confirme d'un trimestre à l'autre, les autorités gabonaises ont engagé une réflexion sur la construction d'une nouvelle raffinerie plus moderne, en parallèle de projets d'extension des capacités de stockage et de distribution.

Idrissa Diakité

Publié le 03/08/26 10:44

La Rédaction

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