Ce vendredi 3 octobre dans sa revue périodique, l'agence de notation américaine Fitch Ratings a jugé sévèrement les ambitions budgétaires du Gabon pour 2026. L'agence estime que le pays s'engage sur une trajectoire difficilement soutenable et considère que le déficit de 15% du PIB prévu dans la prochaine loi de finances " rendra difficile l'obtention d'un soutien financier du FMI ". Selon elle, les prévisions gouvernementales reposent sur des hypothèses trop optimistes, notamment une explosion des dépenses publiques et une forte hausse attendue des recettes pétrolières.
Le projet de loi de finances annoncé début septembre prévoit un quasi-doublement des dépenses de l'État, en hausse de 97% par rapport à 2025, et une progression spectaculaire des investissements de près de 570%. Fitch y voit une stratégie ambitieuse certes, mais " irréaliste ", compte tenu des contraintes de financement qui pèsent sur le pays. L'agence estime que le déficit réel sera " bien inférieur aux 15% du PIB budgétisés ", faute de ressources suffisantes pour exécuter un tel niveau de dépenses. Elle avertit par ailleurs que la dette publique pourrait atteindre 90% du PIB d'ici fin 2026, contre 73% un an plus tôt.
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Le plan du gouvernement s'appuie sur des projections de croissance de 7,9% en 2026, stimulées par la dépense publique, là où Fitch n'anticipe qu'une progression de 2,6%. L'agence juge ces estimations " largement exagérées " et note que la hausse de 36% des recettes pétrolières prévue par Libreville repose sur des mécanismes incertains. L'acquisition d'Assala Energy par la Gabon Oil Company, financée par emprunt, risque selon Fitch de " grever une partie des recettes futures " issues du pétrole.
Une autre source d'inquiétude est liée à la dépendance croissante du Gabon au marché régional de la CEMAC. Malgré les récentes injections de liquidité de la BEAC, Fitch estime que " le marché régional ne sera pas en mesure de fournir de nouveaux financements nets significatifs " entre 2025 et 2027. Dans ces conditions, le recours à un programme du FMI est donc une condition sine qua none pour stabiliser les finances publiques et catalyser des financements extérieurs. Or, selon l'agence, il est " peu probable que le FMI autorise des emprunts non concessionnels importants " pour soutenir un déficit aussi massif.
Pour Fitch Ratings, le budget 2026 compromet la crédibilité de la politique budgétaire du Gabon et risque d'aggraver les pressions sur ses finances extérieures. L'agence rappelle qu'une absence de programme de soutien multilatéral pourrait conduire à une nouvelle dégradation de la note souveraine, actuellement fixée à " CCC ". Derrière la rhétorique de relance, Fitch voit surtout un pays confronté à une équation budgétaire intenable et à une marge de manœuvre financière de plus en plus étroite.
Idrissa Diakité
Publié le 07/10/25 17:30
La Rédaction
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CEMAC