Le Projet de Loi de Finances rectificative (PLFR) 2026 prévoit le retour du Gabon sur le marché obligataire international. Adopté en Conseil des ministres le 22 mai et examiné depuis le 10 juin par la Commission des finances de l'Assemblée nationale, le budget rectificatif fait apparaître dans son tableau de financement, à l'article 97, une ligne ainsi libellée : " Société Générale, Eurobond 10 ans, 857 850 000 000 FCFA ", soit l'équivalent d'environ 1,5 milliard de dollars. L'opération, si elle est confirmée, constituerait la plus importante émission souveraine gabonaise depuis l'eurobond de 2021.
Le choix de Société Générale comme banque arrangeuse constitue une inflexion notable dans la stratégie de financement externe du Gabon. Les émissions précédentes avaient principalement mobilisé des établissements anglo-saxons, JP Morgan et Citigroup pour l'opération de 2021, Deutsche Bank et Citigroup pour celle de 2013. Le recours à un établissement français, historiquement présent dans le financement des États d'Afrique centrale, marque un repositionnement dans le choix des partenaires de marché.
À ce stade, le ministère de l'Économie n'a communiqué aucune précision publique sur les conditions de cet emprunt. Le taux d'intérêt envisagé, le calendrier d'émission, l'affectation des fonds et les éventuelles garanties offertes aux investisseurs restent sans réponse officielle. Le texte doit encore être adopté par les deux chambres du Parlement, l'Assemblée nationale et le Sénat, avant d'acquérir force de loi. C'est dans ce cadre que la Commission des finances est appelée à se prononcer sur cette disposition.
Le Gabon entretient une relation ancienne avec l'instrument obligataire international. Le pays avait réalisé une première émission de 1,5 milliard de dollars en 2007, suivie d'une seconde du même montant en 2013, puis d'un eurobond de 500 millions de dollars en 2015. La dernière opération remonte à décembre 2021 : 800 millions de dollars levés à 7 % avec JP Morgan et Citigroup comme arrangeurs. C'est sur cette obligation que le Gabon avait enregistré un défaut partiel en 2023, dans le contexte de la transition politique, avant qu'une restructuration ne soit engagée.
Ce précédent récent confère à la présente opération un enjeu de crédibilité particulier. Un retour réussi sur les marchés internationaux signalerait aux investisseurs la normalisation progressive de la situation financière du pays et renforcerait la dynamique engagée dans le cadre des discussions avec le Fonds monétaire international. Les conditions définitives de l'émission, notamment le taux et la structure de l'opération, dépendront en partie de l'avancement de ce programme et de la perception du risque souverain gabonais par les marchés au moment du lancement.
Publié le 15/06/26 10:43
La Rédaction
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CEMAC