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Gabon : Une nouvelle pénurie de carburant qui révèle les fragilités de la chaîne d’approvisionnement

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Les files d'attente observées de nouveau dans plusieurs stations-service de Libreville remettent au premier plan une faiblesse persistante de l'aval pétrolier gabonais. Le contraste est on ne peut plus clair. Selon l'enquête Reuters publiée le 10 septembre, le Gabon a extrait environ 220 000 barils de brut par jour en août 2026, un niveau identique à celui de juillet. Preuve qu'une production nationale élevée de brut ne garantit pas, à elle seule, la disponibilité régulière de l'essence et du gasoil à la pompe.

Au cœur de cette chaîne se trouve la Société gabonaise de raffinage (SOGARA), raffineur national de pétrole, aux côtés de la GOC, producteur national. À ce titre, la SOGARA constitue un maillon central entre le brut disponible et les produits pétroliers destinés au marché intérieur. Le dernier rapport de la Banque mondiale indique qu'elle a généré 601,3 milliards FCFA de produits et 14,5 milliards FCFA de résultat net en 2023, avec 50,3 milliards FCFA de dettes comptabilisées dans le tableau financier consacré aux principales entreprises publiques.

La situation financière du raffineur reste néanmoins un point de vigilance. Dans un autre passage, la Banque mondiale indique que la SOGARA affichait à fin 2023 un passif de 824 milliards FCFA, soit 6,5% du PIB, malgré son retour aux bénéfices en 2022 et 2023, et estime qu'une " évaluation financière approfondie urgente " est nécessaire. Le rapport souligne également que les arriérés commerciaux et fiscaux de certaines entreprises publiques, dont la SOGARA, peuvent encore alourdir leur exposition financière. Ces données ne permettent pas d'attribuer la pénurie actuelle à la raffinerie, mais elles montrent que l'entreprise appelée à jouer un rôle central dans l'approvisionnement évolue elle-même dans un environnement financier délicat.

À cette fragilité industrielle s'ajoute le coût du soutien public aux carburants. La Banque mondiale évalue à environ 126 milliards FCFA le coût des subventions en 2024, soit près de 1% du PIB. La loi de finances initiale 2026 prévoyait de ramener cette enveloppe à 12 milliards FCFA, avant que le collectif budgétaire ne la relève à environ 55 milliards FCFA. En juillet 2026, les réformes prévues n'avaient toujours pas été adoptées. L'institution rappelle donc que ces subventions correspondent à l'écart entre les coûts d'approvisionnement et les prix de détail de l'essence, du gasoil, du pétrole lampant et du gaz butane.

La pénurie actuelle replace donc la question de la sécurité d'approvisionnement au-delà du seul niveau de production pétrolière. Le Gabon peut produire 220 000 barils de brut par jour, disposer d'un raffineur national et consacrer plusieurs dizaines de milliards de FCFA au soutien des prix sans que ces éléments garantissent automatiquement un approvisionnement continu des stations. Pour l'heure, les données de la Banque mondiale montrent que la solidité financière et opérationnelle de la SOGARA, la maîtrise des coûts d'approvisionnement et l'organisation de la distribution restent des variables centrales de l'équation énergétique gabonaise.

Publié le 01/10/26 17:30

La Rédaction

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