Le redressement économique du Ghana reste confronté à un risque majeur, en l'occurrence la fragilité persistante de son secteur énergétique. Selon la Banque mondiale, les retards enregistrés dans la mise en œuvre des programmes de relance du secteur énergétique coûtent environ 1 milliard de dollars, soit 545,37 milliards FCFA, par an au pays, accentuant la pression sur les finances publiques et menaçant une partie des progrès réalisés dans le cadre du programme de réformes économiques.
L'alerte a été lancée ce 25 août par Robert R. Taliercio, directeur de la division de la Banque mondiale pour le Ghana, le Liberia et la Sierra Leone, lors du lancement à Accra, la capitale, de la dixième mise à jour économique du Ghana de l'institution, rapportent des sources locales. Pour le responsable de la Banque mondiale, les difficultés financières persistantes du secteur énergétique figurent parmi les principaux risques internes susceptibles de fragiliser la reprise économique du pays.
Cette facture apparaît particulièrement préoccupante pour un Ghana qui s'efforce de consolider ses finances publiques après plusieurs années de fortes tensions budgétaires. Le responsable de la Banque mondiale estime que l'ampleur de ces pertes est suffisamment importante pour compromettre certains des acquis obtenus grâce aux réformes économiques engagées par le gouvernement.
Le secteur énergétique demeure ainsi une source majeure de pression sur le budget de l'État. Ses difficultés financières et opérationnelles continuent de peser sur les comptes publics et réduisent les marges de manœuvre disponibles pour financer d'autres priorités de développement. La Banque mondiale appelle donc à des réformes soutenues permettant d'améliorer à la fois la performance financière et l'efficacité opérationnelle du secteur énergétique.
La reprise économique encore fragile
L'avertissement intervient alors que les indicateurs macroéconomiques du Ghana affichent une amélioration notable. L'économie ghanéenne a enregistré une croissance de 6% en 2025, avant d'accélérer à 6,4% au premier trimestre 2026. Dans le même temps, le ratio de dette publique a fortement diminué, passant de 70,3% du PIB en 2024 à 49% à fin 2025. Ces performances témoignent des premiers effets du programme de réformes économiques et de la consolidation budgétaire engagée par Accra.
Mais pour la Banque mondiale, ces résultats ne doivent pas masquer les fragilités structurelles qui subsistent. La reprise demeure, selon Robert Taliercio, ‘'structurellement incomplète'' et nécessite le maintien de la discipline budgétaire ainsi que l'accélération des réformes. Le risque est notamment de voir les gains réalisés sur le front budgétaire être progressivement absorbés par les besoins financiers persistants du secteur énergétique.
L'énergie, un enjeu pour l'investissement privé
Au-delà de la seule question des finances publiques, la réforme du secteur énergétique constitue un enjeu majeur pour l'investissement et la croissance à long terme du Ghana. Un secteur énergétique financièrement viable et opérationnellement performant est indispensable pour améliorer l'environnement des affaires et renforcer la compétitivité des entreprises. La résolution des difficultés actuelles pourrait également permettre à l'État de réduire son exposition financière et de créer davantage d'espace pour l'investissement privé.
Pour la Banque mondiale, le règlement des problèmes du secteur énergétique est donc essentiel pour protéger la situation budgétaire du Ghana et créer les conditions nécessaires à une hausse des investissements privés. L'enjeu est d'autant plus important que l'énergie constitue une infrastructure de base pour l'industrie, les services et les activités productives. Les dysfonctionnements du secteur peuvent ainsi se répercuter sur l'ensemble de l'économie et réduire les bénéfices attendus de la reprise.
Le Ghana bénéficie aujourd'hui d'une dynamique économique plus favorable, avec une croissance en accélération et une dette publique en nette diminution. Mais la Banque mondiale invite les autorités à ne pas relâcher leurs efforts. L'enjeu est désormais de transformer l'amélioration des indicateurs macroéconomiques en une reprise durable, en s'attaquant aux déficits structurels qui continuent de peser sur les finances publiques.
Dans cette équation, le secteur énergétique occupe une place centrale. Tant que ses difficultés financières et opérationnelles ne seront pas durablement résolues, le Ghana restera exposé à une ponction annuelle estimée à 1 milliard de dollars. La capacité d'Accra à accélérer les réformes énergétiques, tout comme celles concernant le COCOBOD, le régulateur de la filière cacao, sera donc déterminante pour préserver les acquis budgétaires, attirer davantage de capitaux privés et inscrire la croissance actuelle sur une trajectoire durable.
Publié le 26/08/26 12:19
Narcisse Angan
SN
CEMAC