Une commission spéciale d'enquête vient de remettre au vice-président de la République de Guinée équatoriale, Teodoro Nguema Obiang Mangue, un rapport qui met en lumière la gestion des fonds destinés aux frais techniques et à la formation du personnel du ministère des Hydrocarbures, des Mines et de l'Électricité. Sur la période 2017-2026, plusieurs milliards de francs CFA auraient été utilisés sans justification claire, selon les conclusions présentées aux autorités.
Les investigations montrent qu'entre 2017 et 2022, les compagnies pétrolières opérant dans le pays versaient l'intégralité des sommes prévues pour le paiement des frais techniques de leurs interlocuteurs du ministère sur un compte ouvert à la Société Générale de Bank, devenue depuis Vista Bank Equatorial Guinea. Sur cette période, des paiements dépassant 867 millions FCFA n'ont pu être rattachés, ni à leur origine ni à leur destination, à un usage clairement identifiable, selon le rapport de la commission.
Des sociétés créées pour facturer leur propre ministère
Au-delà de ces mouvements financiers, les enquêteurs ont également mis en évidence un circuit impliquant, selon les éléments présentés dans le rapport, des responsables de l'ancienne équipe ministérielle dans la distribution des fonds. La commission pointe notamment le recours à des sociétés liées à de hauts fonctionnaires du département, créées pour fournir des prestations à leur propre ministère. Une pratique susceptible, selon les enquêteurs, de créer des situations de conflits d'intérêts.
Le cas d'Equatorial Atlantic SL apparaît comme l'un des plus significatifs. Selon la commission, cette société a perçu 89 millions FCFA sur le compte des frais techniques et 1,2 milliard FCFA sur celui du fonds de formation. À ce stade, les enquêteurs indiquent ne pas disposer de justificatifs permettant d'établir clairement la nature et la destination de ces versements.
L'examen des opérations réalisées sur la période plus récente, entre 2023 et 2026, a par ailleurs fait apparaître de nouveaux mouvements considérés comme irréguliers par la commission. Les investigations portant sur les comptes liés aux frais techniques, aux plateformes et au fonds de formation font ressortir un montant cumulé de 2,6 milliards FCFA.
Ces anomalies financières prennent une dimension particulière alors que certains techniciens du ministère réclament depuis plusieurs années le paiement d'honoraires qu'ils affirment toujours attendre. Les fonds destinés à leur formation et à leur rémunération auraient pourtant fait l'objet des mouvements financiers aujourd'hui examinés par la commission.
À l'issue de la présentation du rapport, le vice-président Teodoro Nguema Obiang Mangue a ordonné le remboursement intégral des sommes identifiées ainsi que le règlement des honoraires dus aux techniciens du ministère. L'instruction vise ainsi à récupérer les fonds dont l'utilisation n'a pas été suffisamment justifiée et à régulariser les paiements en souffrance.
Cette nouvelle affaire intervient dans un contexte de renforcement des contrôles sur la gestion financière des entreprises et organismes liés au secteur pétrolier équato-guinéen. Quelques mois auparavant, une autre enquête portant sur Gepetrol Servicios, filiale publique spécialisée dans les services pétroliers, avait conduit à l'identification de plus de 3,7 milliards FCFA que des personnes et entreprises mises en cause doivent restituer à l'État, au titre de détournements présumés et d'arriérés fiscaux.
Claude Paul Tjeg
Publié le 18/09/26 09:05
La Rédaction
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CEMAC