L'enquête menée sur Gepetrol Servicios, filiale publique opérant dans les services pétroliers, vient de livrer ses premières conclusions. Selon le rapport final présenté le 9 juin 2026 lors d'une réunion présidée par le vice-président de la République, Teodoro Nguema Obiang Mangue, les auteurs présumés d'irrégularités au sein de l'entreprise ainsi que plusieurs sociétés sous-traitantes devront restituer plus de 3,7 milliards de FCFA à l'État au titre de détournements présumés et d'arriérés fiscaux.
Le dossier, désormais transmis au procureur général, met en cause d'anciens et d'actuels responsables de l'entreprise dans plusieurs opérations portant sur la gestion de véhicules, les contrats de location de camions-citernes, l'entretien d'infrastructures ainsi que des prestations médicales.
D'après les conclusions de la Gendarmerie nationale, relayées par la vice-présidence, les investigations ont notamment permis de retrouver cinq véhicules appartenant à Gepetrol Servicios en possession de l'ancien directeur général, Eliseo Nzeng Eneme Onvua. Les enquêteurs indiquent également qu'après sa prise de fonctions à la tête de l'entreprise, celui-ci aurait créé une société privée dénommée EJP, spécialisée dans la location et l'entretien de véhicules.
Selon le rapport officiel, cette société a ensuite signé un contrat avec Gepetrol Servicios, contrat qui aurait été reconduit par l'équipe dirigeante actuelle. Les enquêteurs affirment qu'" à ce jour, EJP a facturé plus de 6,164 milliards de francs CFA, dont plus de 5,4 milliards correspondent à la location de véhicules et plus de 763 millions aux travaux d'entretien des espaces verts et du quai flottant ".
Au-delà de ce contrat, les investigations soulignent également des dysfonctionnements dans la gestion du parc automobile de l'entreprise. D'après les données présentées au gouvernement, Gepetrol Servicios dispose actuellement de cinq camions-citernes, mais seuls deux seraient en état de fonctionnement. L'entreprise continue néanmoins de louer seize camions supplémentaires, générant des charges mensuelles comprises entre 90 et 100 millions de FCFA.
Contrats, prestations médicales et projets sous enquête
Les conclusions de la Gendarmerie évoquent également des paiements réguliers effectués en espèces pour des travaux liés à l'entretien d'un dock flottant. Selon les éléments présentés aux autorités, ces prestations seraient associées à des sociétés liées à José Antonio Nguema Ondo, directeur des opérations de Gepetrol Servicios.
Les enquêteurs soulignent que ces paiements mensuels, compris entre 3 et 5 millions de FCFA, auraient été effectués sans contrats formels. Ils estiment que " cette situation pourrait constituer un conflit d'intérêts et un possible détournement de fonds publics à des fins personnelles ", ajoutant que les sociétés concernées auraient perçu plus de 293 millions de FCFA depuis sa nomination à ce poste.
Le rapport affirme par ailleurs que d'anciens dirigeants ainsi que des membres de l'actuel conseil d'administration auraient reçu des paiements liés à l'attribution de certains contrats. Aucun montant détaillé n'a toutefois été communiqué à ce stade sur ce volet.
Les dépenses de santé de l'entreprise figurent également parmi les éléments examinés. D'après les enquêteurs, Gepetrol Servicios verse chaque mois entre 89 et 94 millions de FCFA à l'Institut national de sécurité sociale (INSESO), tout en maintenant des contrats distincts avec plusieurs établissements privés, notamment des cliniques.
Selon les chiffres présentés aux autorités, ces contrats supplémentaires représentent plus de 24 millions de FCFA par mois. Les enquêteurs cherchent désormais à déterminer les raisons de cette coexistence de dispositifs de couverture médicale et à vérifier la justification des dépenses engagées.
Un autre épisode relevé dans le rapport concerne le versement de plus de 7 millions de FCFA au titre d'indemnités de transfert entre Bata et Malabo en faveur de personnes visées par l'enquête. Selon les conclusions présentées au gouvernement, cette autorisation aurait été accordée alors même que plusieurs responsables impliqués étaient déjà détenus dans le cadre de la procédure.
Parallèlement à ces investigations, une autre enquête judiciaire ouverte à partir d'un rapport préliminaire de la Gendarmerie met en lumière des soupçons concernant un programme de construction de stations-service financé sur fonds publics. Selon des sources proches du dossier citées dans les documents examinés par les autorités, quatre stations-service devaient être réalisées pour un budget total de 5 milliards de FCFA.
Les enquêteurs rapportent que " les autorités ont demandé la construction de quatre stations-service pour un budget de 5 milliards de FCFA. Les registres de l'entreprise font état du décaissement des fonds. Cependant, seules deux stations ont été construites et seulement la moitié du paiement a été exécutée. L'autre moitié de la somme reste introuvable ".
Face à l'ampleur des irrégularités relevées, le vice-président Teodoro Nguema Obiang Mangue a demandé une restructuration de plusieurs entreprises publiques, parmi lesquelles Gepetrol Servicios, l'INSESO, GETESA et SEGESA. Il a également insisté sur la mise en place de mécanismes de contrôle renforcés ainsi que de manuels de procédures destinés à améliorer la traçabilité des opérations et la responsabilité des gestionnaires.
Perton Biyiha
Publié le 10/06/26 13:01
La Rédaction
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