Le Cameroun accélère sa stratégie de relance énergétique. Avec l'ouverture de 9 blocs d'exploration et de production dans le cadre de son nouveau cycle d'octroi de licences, le pays entend attirer massivement les capitaux internationaux et repositionner son secteur pétrolier et gazier comme un pôle d'opportunités en Afrique centrale.
Piloté par la Société Nationale des Hydrocarbures, l'appel d'offres couvre deux bassins majeurs déjà producteurs et restera ouvert jusqu'au 30 mars 2026, pour une attribution finale attendue fin avril. L'initiative intervient dans un contexte marqué par le déclin naturel des champs matures, obligeant Yaoundé à renouveler son portefeuille d'actifs énergétiques.
Des blocs à faible risque technique et à fort potentiel
3 blocs sont situés dans le bassin de Rio del Rey et 6 dans celui de Douala Kribi Campo, deux provinces pétrolières reconnues bénéficiant d'infrastructures existantes et de forages antérieurs.
Cet environnement réduit considérablement les risques d'entrée pour les investisseurs. Les zones proposées disposent déjà de données sismiques 2D et 3D, de prospects identifiés et de cibles non encore forées, permettant une évaluation rapide du potentiel commercial.
Selon NJ Ayuk, président exécutif de la Chambre africaine de l'énergie, l'attractivité du cycle repose précisément sur cette visibilité technique.
‘'Les investisseurs peuvent évaluer clairement le potentiel du gisement, planifier leurs stratégies de forage et structurer leurs financements en toute confiance'', souligne-t-il, évoquant un cadre désormais plus lisible et concurrentiel.
Un modèle contractuel flexible pour restaurer la confiance
Afin d'élargir la base d'investisseurs, le Cameroun propose plusieurs structures contractuelles adaptées aux profils d'opérateurs : contrats de concession, contrats de partage de production et accords de services avec partage des risques.
Les durées d'exploration varient de 3 à 5 ans selon les blocs, avec possibilités de renouvellement. Les entreprises candidates doivent présenter des programmes techniques détaillés, incluant engagements environnementaux, contenu local et budgets d'investissement.
Autre levier stratégique, les conditions fiscales restent négociables. Partage des revenus, redevances et coûts pétroliers peuvent être ajustés afin d'assurer la rentabilité économique des projets, une flexibilité rare dans certains environnements pétroliers africains.
Cette approche vise clairement à restaurer la confiance des majors comme des sociétés indépendantes après plusieurs années de prudence des investisseurs internationaux.
Le gaz comme nouveau moteur de positionnement international
Au-delà du pétrole, Yaoundé mise fortement sur le gaz naturel pour transformer son modèle énergétique. Les ressources offshore pourraient soutenir la demande domestique tout en ouvrant la voie à des exportations de gaz naturel liquéfié.
‘'Le Cameroun possède un immense potentiel énergétique largement inexploité'', rappelle NJ Ayuk, estimant que les ressources gazières pourraient à la fois diversifier le mix énergétique national et positionner le pays comme exportateur compétitif sur les marchés mondiaux.
Les projets terrestres devraient attirer des opérateurs africains et indépendants, tandis que le potentiel GNL offshore pourrait mobiliser les grandes compagnies internationales.
Une offensive diplomatique et financière sur les grandes places énergétiques
Le calendrier du cycle de licences s'inscrit dans une stratégie internationale plus large. Les opportunités camerounaises seront mises en avant lors du Forum Investir dans l'énergie en Afrique à Paris en avril 2026, puis approfondies lors de la Semaine africaine de l'énergie au Cap en octobre.
Ces plateformes doivent faciliter la transformation des opportunités techniques en financements concrets et en partenariats industriels.
En combinant transparence des données, flexibilité contractuelle et infrastructures existantes, le Cameroun cherche à franchir un cap stratégique. L'objectif est d'accélérer l'exploration, attirer de nouveaux capitaux et sécuriser des revenus énergétiques durables.
À l'heure où la concurrence entre juridictions africaines s'intensifie pour capter les investissements en amont pétrolier, Yaoundé tente ainsi de repositionner son secteur énergétique comme une destination crédible et rentable.
Publié le 19/02/26 18:31
La Rédaction
SN
CEMAC