Le gouvernement ivoirien a dévoilé, en juin 2026, sa Stratégie nationale de développement du numérique (SNDN) à l'horizon 2035. Dans la continuité de la SNDN 2021-2025, cette nouvelle feuille de route place l'IA au cœur de ses priorités : elle y incarne le seul nouveau pilier stratégique. L'ambition est de faire du numérique un moteur de croissance et de transformation sociale, tout en consolidant la place de la Côte d'Ivoire dans l'innovation technologique en Afrique.
Le numérique s'impose désormais comme l'un des nouveaux relais de croissance de l'économie ivoirienne. L'exécutif ambitionne de porter sa contribution au PIB ivoirien de 6 à 8 % actuellement, à 12 à 15 % à l'horizon 2030. Pour atteindre cette trajectoire, le gouvernement mise sur une nouvelle Stratégie nationale de développement du numérique (SNDN) pour 2035, dévoilée en juin 2026.
L'IA, nouvelle priorité stratégique d'Abidjan
Composée de sept piliers et d'une quarantaine de projets, la feuille de route prolonge largement la SNDN 2021-2025. La principale évolution est l'intégration de l'IA comme seul nouveau pilier stratégique. Le développement de cette technologie repose sur d'importants investissements dans les infrastructures numériques et la formation, notamment auprès des jeunes générations.
Ce virage soulève aussi la question de l'encadrement de l'IA : gouvernance, éthique et protection des droits fondamentaux deviennent des enjeux centraux pour Abidjan. Le ministre de la Transition numérique et de l'Innovation technologique, Djibril Ouattara, défend une approche conciliant innovation et responsabilité, afin de faire de l'IA " un facteur de progrès tout en préservant les valeurs qui fondent notre société ".
Pour harmoniser la gouvernance de l'IA à l'échelle régionale, la Côte d'Ivoire a adopté, début juillet 2026, des " lignes directrices communes " avec le Burkina Faso, le Sénégal, le Mali, la Guinée et le Bénin. Cette démarche répond à une ambition plus large : faire d'Abidjan un " hub régional de l'innovation ". D'après les indicateurs des Nations Unies, la Côte d'Ivoire est, avec le Sénégal, le pays d'Afrique de l'Ouest le plus avancé en matière d'infrastructures, de compétences et de services numériques.
La Côte d'Ivoire appartient aujourd'hui au groupe des pays numériques intermédiaires les plus dynamiques du continent, aux côtés notamment du Sénégal et du Ghana. Ce dynamisme repose sur un réseau d'infrastructures en forte expansion, illustré par la présence de 10 à 20 centres de données (commerciaux et sur site), et un raccordement à au moins 5 systèmes de câbles sous-marins à fibre optique reliant ces pays au réseau Internet mondial. Ces nations s'appuient sur des stratégies publiques structurées, une volonté politique affirmée et une stabilité institutionnelle favorable aux investissements extérieurs. Ils profitent d'une croissance rapide de leur secteur numérique (en particulier dans les infrastructures, les services publics et la formation) et cherchent à consolider leurs rôles de pôles régionaux.
Quelle place pour Abidjan dans la hiérarchie numérique africaine ?
À l'échelle continentale, la Côte d'Ivoire ambitionne de renforcer sa place dans le numérique, face à des pays qui disposent déjà d'une avance prise depuis plusieurs années. Pionniers de la transformation numérique, le Kenya, le Maroc ou le Rwanda ont bâti des écosystèmes fondés sur une articulation étroite entre stratégie publique, gouvernance et capacité d'exécution.
La trajectoire numérique ivoirienne se distingue nettement de celle des géants du continent, à savoir l'Afrique du Sud, le Nigeria et l'Égypte. Là où la Côte d'Ivoire privilégie une approche fortement institutionnelle et tirée par l'État, à travers des plans nationaux de numérisation de l'administration et le déploiement d'infrastructures publiques souveraines, le Nigeria s'appuie sur une dynamique ultra-libérale poussée par le capital-risque privé et l'écosystème fintech de Lagos, malgré de lourdes déficiences énergétiques et réglementaires. De son côté, l'Afrique du Sud capitalise sur un marché mature, dominé par le secteur privé et de grands groupes bancaires, mais freiné par la crise de son réseau électrique (load-shedding). Enfin, l'Égypte mise sur la formation massive d'ingénieurs et la création de parcs technologiques d'État dédiés à l'exportation de services numériques (BPO).
Faire du numérique un outil de transformation sociale
Au-delà de ces ambitions régionales, la Côte d'Ivoire veut construire un écosystème numérique répondant d'abord aux besoins de ses citoyens. Une ambition résumée par Djibril Ouattara : " notre responsabilité collective est de faire en sorte que la transformation numérique améliore concrètement la vie des populations, renforce l'efficacité de notre administration publique, soutienne la croissance économique et crée davantage d'opportunités pour la jeunesse ".
La nouvelle SNDN fait ainsi du développement des compétences numériques un axe prioritaire, notamment dans les domaines de l'IA et des technologies émergentes telles que l'Internet des objets (IoT), la réalité augmentée et la blockchain. Le gouvernement souhaite aussi renforcer le développement de l'économie numérique marchande, du commerce en ligne aux paiements, de la logistique aux services postaux. L'objectif est de faire émerger de nouveaux usages capables de fluidifier les échanges et de créer des emplois.
La Côte d'Ivoire a progressé dans l'indice de développement de l'e-gouvernement des Nations unies, passant de 0,4457 en 2020 à 0,5587 en 2024. Le gouvernement veut prolonger cette dynamique en accélérant la modernisation numérique de l'État. À l'horizon 2035, le pays vise des services publics intégralement dématérialisés et interopérables, une généralisation de l'identité numérique, ainsi qu'une administration " digital by default ", au sein de laquelle les outils en ligne et les services numériques deviennent le canal prioritaire pour l'ensemble des démarches et communications.
Publié le 28/07/26 10:29
Communiqué
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