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Importations de poulet : Sous pression américaine et faute de production suffisante, le Gabon pourra-t-il maintenir l’interdiction en 2027 ?

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L'interdiction des importations de poulet de chair, annoncée pour le 1er janvier 2027, entre dans une phase de réexamen à seulement quelques mois de son entrée en vigueur. Le Conseil des ministres du 18 septembre indique que le Gabon a été interpellé par les États-Unis au sein de l'Organisation mondiale du commerce. Le gouvernement annonce désormais l'élaboration d'une stratégie reposant sur les exceptions prévues par les accords de l'OMC et sur la négociation diplomatique afin d'éviter un contentieux commercial. Il ne s'agit pas encore d'une annulation officielle de l'interdiction, mais la formulation tranche avec celle utilisée depuis mai 2025, lorsque l'arrêt des importations au 1er janvier 2027 était présenté comme une échéance arrêtée.

Le premier obstacle est juridique. Les règles de l'OMC posent comme principe l'interdiction des restrictions quantitatives et des prohibitions à l'importation autres que les droits de douane ou taxes. Pour les produits agricoles, l'Accord sur l'agriculture encadre également les barrières non tarifaires. Des exceptions restent possibles, notamment dans des circonstances liées à la balance des paiements, aux sauvegardes ou à certaines considérations sanitaires, mais elles doivent respecter des conditions précises. Une interdiction générale destinée uniquement à protéger et développer la production locale doit donc pouvoir être juridiquement justifiée. C'est ce qui explique la recherche désormais annoncée par Libreville d'un mécanisme compatible avec les règles commerciales internationales.

Les États-Unis ont par ailleurs un intérêt commercial direct à contester la mesure. Selon les données UN Comtrade reprises par la Banque mondiale, ils ont exporté en 2024 vers le Gabon 14 163,8 tonnes de morceaux et abats congelés de poulet, hors foies, pour 15,54 millions de dollars. Sur cette catégorie, les États-Unis figuraient derrière le Brésil et l'Union européenne parmi les principaux fournisseurs du marché gabonais. Une fermeture totale du marché supprimerait donc un débouché de plusieurs milliards de FCFA pour les producteurs américains, ce qui donne une dimension économique concrète à l'intervention de Washington auprès de l'OMC.

La seconde difficulté se trouve dans les capacités de production gabonaises. Le cadre opérationnel du Plan national de croissance et de développement indique qu'entre 2020 et 2024, le Gabon a importé en moyenne 55 000 tonnes de poulet de chair par an, contre seulement environ 4 000 tonnes produites localement. Pour remplacer seulement le volume aujourd'hui importé, la production nationale devrait donc être multipliée par près de quatorze, à consommation inchangée. Le gouvernement a engagé une montée en puissance de la filière, avec cinq conventions d'investissement représentant près de 775 milliards FCFA de capitaux privés et une capacité annoncée, à terme, de près de 130 000 tonnes par an. Mais ces volumes restent des capacités projetées : le ministère de l'Agriculture indiquait encore en août 2026 préparer, avec la Centrale d'achat du Gabon, les conditions nécessaires à l'arrêt des importations.

Le réajustement annoncé le 18 septembre répond donc à deux contraintes simultanées : éviter un différend commercial avec les partenaires du Gabon et éviter qu'une fermeture trop rapide des frontières ne laisse la production locale incapable de remplacer les volumes importés. Le gouvernement pourrait maintenir son objectif de réduction des importations tout en modifiant l'instrument utilisé, à condition de respecter les règles applicables de l'OMC. Aucune nouvelle formule n'a toutefois encore été annoncée. Le dossier arrive en outre dans un contexte où le Gabon affiche 228 997 francs suisses d'arriérés de cotisations à l'OMC, soit environ 164 millions FCFA, situation qui, selon le Conseil des ministres, limite déjà l'accès de sa mission permanente à certains documents et informations de l'organisation.

Idrissa Diakité

Publié le 23/09/26 10:42

La Rédaction

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