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La BAD ouvre la voie au déploiement de sa garantie partielle pour soutenir le premier emprunt ESG du Cameroun

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La Banque africaine de développement (BAD) ouvre la voie au déploiement d'une garantie partielle de crédit destinée à accompagner le Cameroun dans la mobilisation de son premier financement durable sur les marchés internationaux. L'opération doit permettre au pays de lever un prêt à composante environnementale, sociale et de gouvernance (ESG) de 690 millions de dollars, soit près de 400 milliards de FCFA. Elle est évoquée dans la Conjoncture mensuelle de la dette publique à fin juin 2026, publiée par la Caisse autonome d'amortissement (CAA).

Le mécanisme de garantie évalué par la BAD vise à couvrir le risque de défaut de paiement de l'État camerounais sur le principal ou les intérêts d'un prêt ESG. Les ressources ainsi mobilisées devront être affectées exclusivement à des dépenses ou à des projets répondant aux critères environnementaux et sociaux définis dans le cadre de financement durable du Cameroun. Les secteurs ciblés comprennent notamment la santé, l'éducation, l'eau et l'assainissement, les énergies renouvelables et l'agriculture durable. Selon le rapport d'évaluation de la Banque, les sous-projets éligibles ne sont toutefois pas encore déterminés à ce stade. Ils devront s'inscrire dans une trajectoire compatible avec les priorités de la Stratégie nationale de développement (SND30).

Mais avant le déploiement de cette garantie, la BAD a procédé à une évaluation du système national de gestion environnementale et sociale du Cameroun. Cette étape devait permettre de vérifier si le dispositif réglementaire et institutionnel du pays offre un cadre suffisamment solide pour prévenir et gérer les risques susceptibles d'être associés aux projets financés grâce à la garantie.

Un système national jugé acceptable, mais avec des réserves

Au terme de cette évaluation, la BAD considère que les quatre piliers fondamentaux du système camerounais existent et sont pertinents, ce qui rend le dispositif national " acceptable " pour gérer les risques environnementaux et sociaux liés au projet. La Banque relève notamment l'existence d'un cadre réglementaire permettant de classer les projets en fonction de leur niveau de risque, ainsi que de mécanismes de consultation des parties prenantes et de renforcement des capacités des acteurs concernés.

La garantie est néanmoins classée par la BAD en catégorie A au regard des risques environnementaux et sociaux potentiels, compte tenu de la nature des dépenses susceptibles d'être financées, notamment dans les infrastructures, l'énergie, le transport ou encore le logement. À ce stade, aucune étude d'impact environnemental ou social ni aucun plan de réinstallation spécifique n'est toutefois requis avant l'approbation de la garantie, les sous-projets devant être financés n'étant pas encore identifiés.

L'évaluation fait cependant ressortir plusieurs points de fragilité du dispositif camerounais. Le principal concerne l'expropriation et la réinstallation des populations. La législation nationale prévoit l'indemnisation principalement pour la perte de terres bénéficiant d'un titre de propriété légal, sans imposer de manière générale la préparation d'un plan de réinstallation ni garantir le respect du principe du coût intégral de remplacement.

Pour remédier à cette insuffisance, la BAD recommande de compléter les dispositions nationales par l'application de sa propre sauvegarde opérationnelle relative à l'acquisition des terres et à la réinstallation involontaire. Une autre faiblesse concerne le mécanisme de règlement des plaintes. La Banque estime que la législation camerounaise ne met pas suffisamment l'accent sur le règlement amiable des litiges et recommande la mise en place de mécanismes locaux indépendants permettant de traiter les réclamations des populations concernées.

Ces réserves n'empêchent pas la poursuite du processus, mais elles impliquent plusieurs mesures correctives avant et pendant la mise en œuvre de l'opération. Avant la présentation de celle-ci au Conseil d'administration de la BAD, le Cameroun devra notamment désigner un spécialiste environnemental et un spécialiste social au sein du comité interministériel chargé du dossier. Ces désignations devront intervenir dans un délai de trente jours suivant la mise en vigueur du projet. Les capacités de ce comité devront également être renforcées dans un délai de soixante jours.

Le dispositif prévoit en outre la mise en place d'un budget dédié aux activités environnementales et sociales ainsi que la production d'un rapport de suivi trimestriel. Ces exigences doivent permettre à la BAD de s'assurer que les ressources garanties seront utilisées conformément aux engagements environnementaux et sociaux associés au financement.

Cette opération intervient alors que le Cameroun recourt déjà de manière soutenue aux marchés internationaux en 2026. Après avoir mobilisé environ 474 milliards de FCFA en début d'année à travers un placement privé, la réalisation de l'emprunt ESG porterait à près de 874 milliards de FCFA le montant des ressources levées à l'international depuis le début de l'année. Le pays se rapprocherait ainsi de l'objectif de 1 000 milliards de FCFA de financements extérieurs fixé par la loi de finances 2026.

À fin juin 2026, l'encours de la dette publique camerounaise atteignait 15 607 milliards de FCFA, soit 44,2 % du PIB.

Claude Paul Tjeg 

Publié le 25/08/26 13:02

La Rédaction

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