Le Rapport Pays 2026 de la Banque africaine de développement (BAD) suggère au Cameroun de mieux utiliser l'épargne accumulée pour les retraites comme source de financement à long terme de l'économie, tout en protégeant les ressources destinées aux futurs retraités. Les fonds de pension disposent, par nature, d'un horizon de placement plus long que celui de nombreux financements bancaires. Une partie de cette épargne peut donc être investie dans des actifs dont les retours se matérialisent sur plusieurs années, à condition que les risques restent compatibles avec les engagements futurs des régimes de retraite.
Cette orientation s'inscrit dans une réflexion plus large portée par la BAD sur la mobilisation du capital domestique africain. Le président du Groupe de la Banque africaine de développement, Sidi Ould Tah, a souligné la nécessité d'exploiter ces ressources longtemps sous-utilisées. " L'Afrique dispose actuellement d'un capital intérieur massif qui reste gravement sous-utilisé ou déployé de manière sous-optimale ", a-t-il déclaré lors des Assemblées annuelles de l'institution, en mai 2026. Il a insisté sur la nécessité de " libérer de manière agressive l'immense potentiel de notre secteur des assurances et des fonds de pension institutionnels, en transformant ces économies intérieures en capitaux à long terme pour le développement ".
Au Cameroun, la Caisse nationale de prévoyance sociale (CNPS) constitue l'un des principaux réservoirs de cette épargne. L'institution a enregistré 224,9 milliards FCFA de cotisations sociales en 2025, contre 217,4 milliards FCFA en 2024, soit une progression de 3,5 %. Cette évolution s'explique notamment par l'élargissement de l'assiette contributive, illustré par l'augmentation du nombre de travailleurs télédéclarés, passé de 694 837 en 2024 à 751 384 en 2025, soit une hausse de 8 %. Les cotisations sociales suivent ainsi une tendance globalement haussière, après 209,8 milliards FCFA en 2023, 204,0 milliards FCFA en 2022 et 190,8 milliards FCFA en 2021.
Cette progression des ressources renforce mécaniquement le potentiel de la CNPS en matière d'investissement à long terme. Selon le Rapport Pays 2026 de la BAD, celui-ci demeure toutefois sous-exploité, notamment en raison d'une diversification encore limitée des placements vers des actifs susceptibles de contribuer davantage au financement de l'économie productive.
La CNPS amorce un virage vers les investissements productifs
La CNPS n'est cependant pas inactive sur ce terrain. L'institution a déjà engagé une politique d'investissement plus diversifiée, comme en témoignent plusieurs partenariats conclus récemment dans des secteurs stratégiques de l'économie camerounaise.
En septembre 2025, elle a ainsi conclu un protocole d'investissement avec le groupe industriel Arise Integrated Industrial Platforms (Arise IIP) pour la création de CamTex, une société textile intégrée destinée à favoriser la transformation locale du coton camerounais. Le même mois, la CNPS a annoncé être entrée en négociations avancées avec Canyon Resources Limited en vue d'un financement de 36 millions de dollars, soit environ 20 milliards FCFA, pour le projet de bauxite de Minim-Martap.
Ces opérations témoignent d'une volonté de rapprocher progressivement les placements de la CNPS de l'économie réelle. Elles restent néanmoins à mettre en regard de la structure actuelle de son portefeuille. En 2025, les produits de la gestion des placements de la CNPS ont atteint 43,0 milliards FCFA, contre 450,5 millions FCFA de charges, soit un solde positif de 42,6 milliards FCFA. Ces produits proviennent principalement des obligations, qui représentent 56,9 % du total, suivies des intérêts sur les dépôts à terme (18,6 %), des prêts et autres produits (17,7 %) et des dividendes (6,8 %).
La prédominance des obligations et des placements bancaires montre toutefois que la diversification vers des actifs tels que les infrastructures reste limitée. C'est précisément sur ce potentiel inexploité que la BAD entend attirer l'attention. Les engagements récents de la CNPS dans le textile et la bauxite pourraient néanmoins signaler une évolution vers une stratégie d'investissement davantage orientée vers le financement de projets productifs.
L'enjeu dépasse d'ailleurs le seul cas camerounais. À l'échelle africaine, la BAD estime à 400 milliards de dollars le déficit annuel de financement du développement. Dans le même temps, les fonds de pension du continent gèrent environ 700 milliards de dollars d'actifs. Pour l'institution, ces ressources constituent donc un levier important pour réduire la dépendance aux financements extérieurs et accroître la capacité des économies africaines à financer leur propre développement.
La mobilisation de cette épargne ne signifie toutefois pas qu'il faille exposer les fonds de pension à des risques excessifs. L'objectif consiste plutôt à mieux aligner la durée des placements sur celle des engagements des régimes de retraite, tout en renforçant la gouvernance, la diversification et l'évaluation des risques.
Publié le 14/08/26 10:30
La Rédaction
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CEMAC