Un protocole d'accord a été signé entre la Banque des Etats de l'Afrique Centrale (BEAC) et la Banque Centrale du Congo (BCC). L'accord a été paraphé le 28 février 2026 en marge des travaux du Comité sous-régional Afrique centrale de l'Association des banques centrales africaines. Les deux institutions s'engagent ainsi à échanger des données financières, à rapprocher leurs systèmes de paiement, à coopérer dans la lutte contre le blanchiment de capitaux et le financement du terrorisme, et à développer des programmes communs de formation et de recherche économique.
Cette coopération intervient dans un contexte particulier. La RDC appartient géographiquement à l'Afrique centrale mais ne fait pas partie de la Communauté économique et monétaire de l'Afrique centrale (CEMAC). Les six pays de la CEMAC (Cameroun, République du Congo, Guinée Equatoriale, Tchad, République Centrafricaine, Gabon) partagent une monnaie commune, le franc CFA, émise par la BEAC. La République démocratique du Congo, elle, conserve sa souveraineté monétaire et dispose de sa propre banque centrale qui émet le franc congolais.
Cette situation s'explique par l'histoire économique et politique du pays. Ancienne colonie belge, la RDC n'a jamais intégré la zone franc héritée de l'ancienne Afrique équatoriale française. Elle a conservé un cadre monétaire distinct, avec une politique de change et de taux d'intérêt décidée à Kinshasa. La Banque centrale du Congo ajuste ainsi sa politique monétaire en fonction des réalités propres à l'économie congolaise, fortement dépendante des exportations minières et exposée à d'importants chocs extérieurs.
En dépit de cette divergence, les deux zones présentent des caractéristiques proches. Les économies de la CEMAC comme celle de la RDC reposent largement sur les ressources naturelles, qu'il s'agisse du pétrole, des minerais ou des produits forestiers. Elles font face à des défis comparables en matière d'inflation, de stabilité des prix et de financement de l'économie réelle, c'est-à-dire des entreprises et des ménages plutôt que des opérations purement financières. Les taux de bancarisation demeurent modestes et une grande partie de la population reste en dehors du système bancaire formel. De l'avis des deux parties, le rapprochement entre la BEAC et la Banque centrale du Congo ouvre la possibilité d'une meilleure coordination en cas de crise, d'un partage d'expertise sur la supervision bancaire et d'une modernisation concertée des infrastructures de paiement.
Un système de paiement uniformisée pour renforcer les échanges commerciaux
Ces volets techniques répondent à des enjeux très concrets. Les systèmes de paiement constituent l'ossature invisible des échanges économiques. Ils permettent aux banques d'exécuter des virements, de compenser des opérations et de sécuriser les règlements entre entreprises. Lorsqu'ils ne sont pas interconnectés, les transactions transfrontalières passent souvent par des banques correspondantes situées hors du continent, ce qui augmente les coûts, allonge les délais et accroît
Avec près de 100 millions d'habitants et une économie portée par l'essor du secteur minier, le pays constitue l'un des marchés les plus dynamiques d'Afrique subsaharienne. Pour les États de la CEMAC, cette profondeur démographique et cette demande croissante représentent un débouché naturel.
Les produits manufacturés camerounais, les denrées alimentaires transformées, ou encore les bois transformés du Gabon trouvent dans les provinces congolaises orientales et occidentales des marchés accessibles par voie terrestre ou fluviale. Inversement, la RDC peut s'appuyer sur les corridors logistiques d'Afrique centrale pour diversifier ses approvisionnements et fluidifier ses exportations non minières.
Pourtant, en l'absence d'une architecture financière intégrée, une part significative de ces échanges reste informelle ou supporte des coûts élevés. Les opérateurs économiques doivent composer avec des procédures bancaires complexes, des délais de règlement incertains et des frais de change parfois dissuasifs. Cette situation freine la formalisation du commerce et limite la capacité des entreprises à accéder au crédit bancaire.
En fluidifiant les paiements transfrontaliers et en rapprochant les infrastructures financières, le protocole signé à Kinshasa peut réduire ces frictions. Un système de règlement plus direct entre banques centrales limite le recours aux devises internationales et diminue les coûts de transaction. Pour les entreprises, cela signifie des règlements plus rapides, une meilleure prévisibilité et une baisse des charges financières liées au commerce extérieur.
Ce protocole n'efface pas les frontières monétaires. Il crée cependant les conditions d'une densification des échanges entre la RDC et ses voisins de la CEMAC, en s'attaquant à l'un des principaux obstacles au commerce régional, le coût et la complexité des transactions financières.
Perton Biyiha
Publié le 03/03/26 10:32
La Rédaction
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