Le gouvernement équato-guinéen a annoncé un durcissement significatif des règles encadrant l'exploitation forestière sur son territoire. À l'issue d'une réunion tenue mardi 10 février au Palais du Peuple à Malabo, le vice-président de la République, Nguema Obiang Mangue, a dévoilé une série de mesures destinées à mettre un terme aux pratiques illicites qui fragilisent le secteur. “Le secteur forestier est un pilier stratégique du développement économique national”, a déclaré le vice-président devant les représentants des entreprises forestières. Il a toutefois reconnu que de “graves irrégularités” ont été constatées, citant pêle-mêle l'exploitation illégale d'espèces protégées comme l'oveng, la coupe de bois hors des dimensions autorisées ou encore l'empiètement sur les concessions voisines.
Pour y faire face, l'exécutif a immédiatement suspendu la délivrance de tout nouveau permis d'exploitation. Une liste préliminaire des autorisations valides a été établie, et tout titre ne répondant pas aux exigences légales sera automatiquement annulé, a précisé le vice-président. Surtout, Malabo a décrété une interdiction totale de l'exportation de bois rond. Les entreprises de transformation devront désormais préciser les essences exploitées, le volume autorisé, ainsi qu'une durée d'activité plafonnée à un an.
Le vice-président a mis en garde les contrevenants. Toute entreprise prise en flagrant délit d'exploitation illégale se verra confisquer ses machines, et les responsables seront arrêtés et poursuivis conformément à la loi, a-t-il averti. Une commission technique spécialisée a été créée pour examiner la documentation des opérateurs, éliminer les paiements irréguliers et ne valider que les dossiers respectant les critères fixés par les autorités.
Industrialisation locale : un objectif réaffirmé
L'exécutif de la ville de La Paz insiste sur un point : le bois devra être transformé à l'intérieur du pays. L'objectif est de favoriser l'industrialisation, de créer de la valeur ajoutée et de générer des emplois locaux, dans le but ultime de “conserver et protéger les forêts nationales pour les générations futures”, selon les termes du vice-président.
Dans la plupart des pays forestiers d'Afrique centrale, la filière bois se résume encore largement à l'exportation de grumes. Les capacités de transformation, lorsqu'elles existent, se limitent souvent à du sciage, du déroulage ou du débitage pour la production de placages et de contreplaqués. La transformation secondaire ou tertiaire, comme la menuiserie ou la fabrication de meubles, reste extrêmement marginale.
Selon les données de l'Organisation internationale des bois tropicaux (OIBT), la région ne représente qu'environ 6 % de la production mondiale de sciages, 9,7 % pour les placages et 5,3 % pour les grumes de bois tropicaux. Le principal frein à l'interdiction de l'exportation de grumes demeure économique. La filière bois constitue une source considérable de recettes fiscales pour des États qui concentrent plus du tiers de la surface forestière du continent. Le choc budgétaire qu'engendrerait une cessation brutale des exportations continue de freiner les ardeurs des gouvernements.
Preuve des difficultés à harmoniser les politiques forestières dans la sous-région : le 23 février dernier, le Conseil des ministres en charge des pays forestiers de la Cemac a acté un nouveau report de l'interdiction d'exportation de bois sous forme de grumes. Initialement prévue pour janvier 2022, repoussée à janvier 2023, la mesure entrera finalement en vigueur en 2028.
La Guinée équatoriale partage ce calendrier avec la RDC, le Gabon, le Congo, le Cameroun et la République centrafricaine. Adoptée en septembre 2020, cette directive vise pourtant à augmenter la valeur ajoutée créée par la filière et à soutenir la chaîne de valeur du bois, à l'échelle nationale comme continentale.
Perton Biyiha
Publié le 11/02/26 14:28
La Rédaction
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CEMAC