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La Guinée équatoriale veut structurer et fiscaliser les revenus des créateurs de contenus

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Le gouvernement équato-guinéen prépare l'encadrement économique des activités des influenceurs et créateurs de contenus. Réuni le 3 avril 2026 sous la présidence de Teodoro Nguema Obiang Mangue, vice-président , l'exécutif a examiné les obstacles qui empêchent ces acteurs du numérique de percevoir des revenus dans le pays.

Selon le compte rendu officiel, les discussions ont mis en évidence un blocage central lié aux circuits de paiement. De nombreux créateurs locaux ne parviennent pas à monétiser leurs contenus en raison de contraintes bancaires et administratives, alors même que leurs activités génèrent de l'audience. Les établissements financiers présents à la réunion ont reconnu ces limites et indiqué travailler à des solutions permettant d'intégrer les plateformes internationales de paiement.

Dans cette perspective, une adaptation des systèmes bancaires est envisagée afin de rendre compatibles les flux issus des réseaux sociaux avec les règles en vigueur dans la Communauté économique et monétaire de l'Afrique centrale. Toute évolution devra rester conforme à la réglementation de la Banque des États de l'Afrique centrale, a rappelé l'exécutif.

Le gouvernement entend également structurer ce secteur émergent sur le plan juridique. Le ministère des Transports a signalé l'avancement d'un projet de loi sur les services numériques destiné à encadrer les activités en ligne et à sécuriser les revenus qui en découlent. De son côté, le ministère de la Justice insiste sur la formalisation des créateurs, appelés à exercer sous forme de sociétés afin de garantir la traçabilité des flux financiers.

À l'issue de la réunion, le vice-président a mis en place une commission interministérielle chargée de proposer des mécanismes opérationnels lors d'une prochaine session. L'objectif affiché par les autorités est de faire émerger une base taxable dans un secteur jusqu'ici largement informel.

Une économie en construction sous contraintes techniques

Les difficultés évoquées à Malabo s'inscrivent dans une réalité qui touche une grande partie du marché africain de la création de contenus. Un rapport publié en mai 2024 par Ecofin Pro souligne que la monétisation directe reste limitée sur le continent, en raison notamment du faible nombre de pays éligibles aux programmes des grandes plateformes.

Dans le cas de YouTube, seuls treize pays africains sont intégrés au programme de rémunération, ce qui exclut de facto une grande partie des créateurs. Même dans les pays éligibles, les revenus dépendent du marché publicitaire local. Les tarifs versés par les annonceurs y restent nettement inférieurs à ceux observés en Amérique du Nord ou en Australie, ce qui réduit les gains pour des audiences pourtant comparables.

Les contraintes ne se limitent pas à l'accès aux programmes. Certaines plateformes reposent sur des intermédiaires de paiement indisponibles en Afrique. Le réseau social X conditionne par exemple la perception des revenus à l'utilisation de Stripe, un service non accessible dans la plupart des pays du continent. Ces limitations techniques freinent l'émergence d'un modèle économique stable.

Malgré ces obstacles, le secteur attire une attention croissante. Selon les estimations de Goldman Sachs relayées par Ecofin Pro, le marché mondial de la création de contenus pourrait atteindre 470 milliards de dollars d'ici 2027, contre 250 milliards en 2023. En Afrique, les créateurs sont déjà mobilisés dans les campagnes de communication des marques et les événements d'envergure, à l'image de la Coupe d'Afrique des Nations.

Cette montée en puissance s'accompagne d'un intérêt accru des administrations fiscales. Des pays comme le Kenya ou le Cameroun ont déjà engagé la taxation des revenus issus des activités numériques, traduisant l'émergence progressive d'une économie structurée autour des créateurs.

 

 

Perton Biyiha

Publié le 04/04/26 15:55

La Rédaction

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