L'Entreprise générale du cobalt (EGC), acheteur public congolais chargé d'intégrer la production artisanale dans les circuits formels, veut désormais rapprocher directement la production artisanale congolaise de cobalt des fabricants de batteries pour véhicules électriques et d'autres utilisateurs industriels.
Premier producteur mondial de cobalt, la République démocratique du Congo (RDC) tire environ 15 % à 25 % de sa production de ce métal des exploitants artisanaux. Cette production reste toutefois difficile d'accès pour les grands industriels, notamment en raison des exigences liées à la traçabilité, aux conditions de travail et aux risques de travail des enfants.
L'EGC veut donc se rapprocher des utilisateurs finaux. " Nous souhaitons établir des relations plus étroites avec les utilisateurs finaux afin de mieux comprendre leurs exigences en matière d'approvisionnement et d'envisager d'éventuelles ventes directes ", a déclaré Daniel Saka Mbumba, conseiller principal de l'EGC, dans un entretien accordé à Reuters.
L'entreprise publique commercialise actuellement son cobalt artisanal avec l'appui de trois négociants internationaux, Trafigura, Mercuria et Traxys. Elle cherche désormais à aller plus loin en établissant des relations commerciales plus directes avec les fabricants de batteries et les industriels qui utilisent le cobalt. Cette orientation doit permettre de mieux sécuriser les débouchés de la production artisanale congolaise sur les marchés internationaux.
Des quotas utilisés à 100 %
Cette recherche de nouveaux débouchés intervient après la mise en place d'un nouveau cadre de régulation des exportations de cobalt. Kinshasa avait suspendu les exportations en février 2025, dans un contexte de surabondance du marché mondial et de faiblesse des prix. Cette suspension a ensuite été remplacée par un système de quotas entré en vigueur le 16 octobre 2025.
Pour 2026, le plafond national d'exportation est fixé à 96 600 tonnes, dont 87 000 tonnes au titre du quota de base et 9 600 tonnes au titre du quota stratégique. Le dispositif doit permettre aux autorités congolaises de mieux contrôler les volumes exportés et de contribuer au soutien des prix du cobalt. L'EGC bénéficie par ailleurs d'un traitement particulier dans ce régime, puisqu'elle fait partie des acteurs exemptés de certaines conditions d'éligibilité appliquées aux autres opérateurs.
L'entreprise publique affirme avoir expédié la totalité du quota d'exportation qui lui avait été attribué depuis l'instauration du nouveau système. Depuis le début de 2026, elle a ainsi exporté 3 995 tonnes de cobalt contenu ainsi qu'environ 1 400 tonnes de cuivre. Cette performance intervient alors que certains autres opérateurs rencontrent des difficultés à utiliser leurs quotas. Le régulateur ARESCOM a d'ailleurs averti que les quotas non utilisés pourraient être retirés.
À l'échelle nationale, les volumes exportés restent considérables. Selon les données du gouvernement congolais, la RDC a exporté 696 725 tonnes de cathodes de cuivre et 51 940 tonnes d'hydroxyde de cobalt au premier trimestre 2026. Pour l'EGC, l'enjeu est désormais de transformer cette capacité d'approvisionnement en relations commerciales durables avec les utilisateurs finaux.
Formaliser la production pour accéder aux grands acheteurs
La traçabilité constitue l'une des principales conditions d'accès aux chaînes d'approvisionnement des grands industriels. Les fabricants de batteries et les constructeurs automobiles ont longtemps été réticents à acheter du cobalt issu de l'exploitation artisanale congolaise en raison des risques liés aux conditions de production, au travail des enfants et à l'origine des minerais.
Face à ces exigences, l'EGC cherche à organiser la production artisanale autour de coopératives et de chaînes d'approvisionnement contrôlées. L'entreprise travaille actuellement avec cinq coopératives et a engagé des discussions pour établir douze autres partenariats. Le dispositif doit notamment couvrir la sécurité, les droits humains, l'environnement et la traçabilité.
Cette organisation doit permettre à l'EGC de présenter aux acheteurs internationaux un cobalt artisanal dont l'origine et les conditions de production peuvent être documentées. Elle constitue aussi un préalable aux ambitions de l'entreprise sur les marchés industriels.
Après le cobalt, l'EGC prépare enfin l'extension de son modèle de formalisation au coltan métallique. L'entreprise cherche ainsi à reproduire sur ce minerai stratégique l'organisation mise en place autour du cobalt, avec la formalisation des producteurs, la traçabilité des volumes et la recherche de débouchés auprès des industriels internationaux.
Claude Paul Tjeg
Publié le 30/08/26 13:41
La Rédaction
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CEMAC