Entre 2020 et 2025, le Cameroun a fortement accru sa capacité installée de production d'électricité, passée de 1 516 MW à environ 2 280 MW, soit 764 MW supplémentaires et une progression de près de 50 %. Le constat ressort de l'évaluation à mi-parcours de la Stratégie nationale de développement 2020-2030 (SND30), reprise dans le Document de programmation économique et budgétaire 2027-2029.
Cette hausse repose principalement sur l'entrée en production de Nachtigal. La centrale hydroélectrique de 420 MW, dont les sept groupes de 60 MW ont atteint leur pleine puissance en mars 2025 après une mise en service progressive depuis juin 2024, représente à elle seule environ 30 % de la consommation électrique nationale, selon EDF et NHPC.
L'offre a également été renforcée par l'usine de pied de Lom Pangar, d'une capacité de 30 MW, pleinement opérationnelle depuis mai 2023 et destinée à sécuriser le Réseau interconnecté Est (RIE). S'y ajoute Memve'ele, dont la centrale de 211 MW, entrée en production en 2019, n'a été totalement connectée au réseau de Yaoundé qu'en 2023.
Le solaire contribue également à cette progression. Les centrales de Guider et Maroua, mises en service en 2023, disposent chacune d'environ 18 MWc de panneaux solaires et de 9,5 MWh de stockage par batteries. Ensemble, elles représentent près de 36 MWc et 19 MWh de stockage. Plusieurs installations solaires hybrides ont par ailleurs été développées dans les réseaux isolés, notamment à Lomié, Djoum et Garoua-Boulaï.
Le réseau peine encore à absorber les nouvelles capacités
Mais l'augmentation de la production ne signifie pas que l'électricité supplémentaire peut être acheminée sans contrainte. Le principal défi se déplace désormais vers le transport et la distribution. Le cas de Memve'ele illustre cette fragilité. Contrairement à Songloulou et Edéa, la centrale ne dispose pas d'un ouvrage de retenue comparable permettant d'atténuer les périodes de baisse des débits du Ntem. Eneo indique que sa production peut fortement diminuer durant certaines périodes et, dans certaines situations, tomber jusqu'à zéro.
L'arrivée de Nachtigal a également accru la pression sur le réseau de transport. La ligne reliant la centrale à Yaoundé, longue d'environ 50 km, a été achevée en 2021. Mais cette infrastructure ne suffit pas à lever toutes les contraintes d'évacuation et de répartition de l'électricité, notamment vers Douala et les autres grands pôles de consommation.
Fin 2025, plusieurs projets structurants restaient ainsi nécessaires, notamment le corridor Nkolkoumou-Edéa, la liaison 400 kV Nyom II-Nkolfoulou et le tronçon 225 kV Nyom II-Ngousso. La Banque mondiale estime que leur achèvement est essentiel pour améliorer l'évacuation et la répartition de l'électricité de Nachtigal.
Le même problème se pose pour l'interconnexion entre le Sud et le Nord. Le Projet d'interconnexion électrique Cameroun-Tchad prévoit une ligne à double circuit de 225 kV entre Nachtigal et Hourou Oussoua-Ngaoundéré, afin d'augmenter les transferts d'électricité vers le Réseau interconnecté Nord (RIN) et, à terme, vers le Tchad.
Le chantier accuse toutefois un retard. Au 12 août 2025, la Banque mondiale recensait seulement 51 fondations construites, une tour érigée et aucun kilomètre de conducteur tiré, alors que les objectifs pour décembre 2027 sont de 580 km de conducteurs, 1 278 fondations et 1 278 pylônes. Cette liaison doit notamment contribuer à sécuriser l'approvisionnement du Nord, où la production de Lagdo reste insuffisante face à la demande.
Face à ces contraintes, le Cameroun a adopté en septembre 2025 son Compact énergétique national, dans le cadre de la Mission 300, avec l'appui de la Banque mondiale et de la Banque africaine de développement. Le document marque un changement d'approche : le problème du Cameroun n'est plus seulement d'ajouter des mégawatts, mais de renforcer l'ensemble de la chaîne électrique, de la production au transport et à la distribution, tout en consolidant la situation financière du secteur. Le Compact chiffre les besoins à environ 12,5 milliards de dollars, soit près de 7 751 milliards de FCFA. L'objectif est notamment de porter l'accès à l'électricité à 100 % en 2030.
Claude Paul Tjeg
Publié le 25/08/26 12:07
La Rédaction
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