Plus de cinquante partenaires financiers ont manifesté leur intérêt pour le financement du barrage hydroélectrique de Kikot-Mbébé, un ouvrage de 500 MW présenté comme le premier projet de cette envergure au Cameroun, selon la Kikot-Mbebe Hydro Power Company (KHPC). Ce chiffre a été communiqué à l'issue d'une réunion tenue le 15 septembre 2026 à l'Hôtel Hilton de Yaoundé, à l'initiative du gouvernement camerounais et de son partenaire EDF, porteurs conjoints du projet à travers KHPC, une société détenue à parts égales par les deux parties.
La rencontre a réuni des représentants d'institutions financières, de partenaires au développement ainsi que plusieurs parties prenantes institutionnelles. Elle visait à faire le point sur l'avancement du projet et à examiner sa structuration financière, indique KHPC dans un communiqué. " KHPC prévoit désormais d'engager des discussions bilatérales avec chacun des prêteurs potentiels, avant une conférence des bailleurs envisagée par le gouvernement ", souligne la société.
Un coût qui a presque doublé
Cette offensive auprès des bailleurs intervient toutefois dans un contexte financier délicat. Le coût provisoire du projet est désormais évalué à au moins 1 620 milliards FCFA, contre une première estimation d'environ 650 milliards FCFA. Cette forte réévaluation a conduit le gouvernement à ordonner un audit financier de l'ouvrage afin de mieux comprendre l'évolution de son coût et d'en apprécier les conditions de réalisation.
L'annonce de cet audit a été faite par le ministre des Finances, Louis Paul Motazé, à son retour d'une mission à Paris au cours de laquelle il a rencontré les responsables d'EDF. Le membre du gouvernement a expliqué que cette démarche devait notamment permettre de clarifier l'évolution du coût du projet et les conditions de sa mise en œuvre. " Il ne s'agit pas de faire un procès d'intention, mais de réaliser un audit afin que tout le monde sache où l'on va et à quel rythme ", a-t-il déclaré.
Plusieurs facteurs ont été avancés pour expliquer l'écart entre l'estimation initiale et le coût désormais annoncé. Parmi eux figurent les effets de la pandémie de Covid-19, les conséquences de la guerre en Ukraine et, plus récemment, celles du conflit au Moyen-Orient. Ces chocs successifs ont renchéri les coûts de construction, d'équipements et de financement des grands projets d'infrastructures.
L'écart apparaît d'autant plus sensible que le barrage de Nachtigal, d'une puissance installée de 420 MW, soit seulement 80 MW de moins que Kikot-Mbébé, a coûté environ 800 milliards FCFA. Cette comparaison constitue ainsi un point de référence important dans les discussions engagées avec les futurs financiers du projet.
L'ombre de Nachtigal plane sur les négociations
Le précédent de Nachtigal pourrait en effet peser sur les discussions autour de Kikot-Mbébé. Mis en service en mai 2025 avec la participation d'EDF, le barrage de 420 MW fait depuis face à des difficultés financières liées au règlement des factures d'électricité, qui compliquent les relations entre l'État et ses partenaires privés.
La Société camerounaise d'électricité (Socadel), qui a succédé à Eneo, peine à honorer certaines de ses factures auprès de Nachtigal Hydro Power Company. Cette situation contraint le Trésor public à prendre le relais de certains paiements non budgétisés. Début 2026, les arriérés croisés entre les deux sociétés avoisinaient 70 milliards FCFA, alors que le contrat d'achat d'électricité, de type take-or-pay, prévoit le versement d'environ 10 milliards FCFA par mois au producteur, indépendamment des volumes effectivement consommés.
Cette situation constitue un enjeu pour Kikot-Mbébé, dans la mesure où plusieurs investisseurs engagés dans le financement de Nachtigal figurent également parmi les prêteurs potentiels sollicités pour le nouveau projet. Leur appréciation du risque associé au secteur électrique camerounais, notamment la capacité de l'acheteur public à respecter ses engagements financiers, pèsera donc dans les négociations à venir.
Sur le plan technique, Kikot-Mbébé sera aménagé sur le fleuve Sanaga. Le projet prévoit notamment un barrage d'environ 1 200 mètres ainsi qu'une ligne de transport d'électricité de 400 kV longue de 40 kilomètres, destinée à raccorder l'ouvrage au réseau national au niveau de Boumnyebel.
Claude Paul Tjeg
Publié le 16/09/26 10:51
La Rédaction
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