menu mobile

L’information économique au cœur des marchés africains

Le Cameroun mobilise 60 millions USD pour 4 projets verts contre la déforestation

BRVMC0000000 - BRVMC
La BRVM Ouvre dans 49h39min
 
Le ministère de l'Économie a officialisé, le 20 février 2026 à Yaoundé, le lancement opérationnel de quatre projets pilotes dans le cadre d'un partenariat avec l'Initiative pour les Forêts d'Afrique Centrale (CAFI). Dotés d'un financement global de 33,2 milliards de FCFA (environ 60 millions de dollars), ces programmes visent à résoudre l'équation complexe entre le développement des chaînes de valeur agricoles et la préservation du bassin du Congo.
 
Le programme couvre la période 2025-2028 pour sa première phase. Les autorités camerounaises misent sur cette enveloppe initiale pour tester des mécanismes capables d'augmenter la productivité agricole, d'encadrer l'utilisation des terres et de renforcer la gouvernance environnementale, avec l'objectif d'attirer des financements supplémentaires conditionnés aux résultats.
 
Le premier projet, piloté par la coopération allemande GIZ et doté d'une enveloppe d'environ 9,5 milliards de FCFA, doit faciliter le dialogue entre administrations et assurer l'alignement stratégique des politiques publiques liées aux forêts, à l'agriculture et à l'aménagement du territoire.
 
Un second programme, financé à hauteur d'environ 12 milliards de FCFA par le Fonds international de développement agricole (FIDA), cible directement les exploitations rurales. Il soutient l'intensification durable et la transition agroécologique afin de limiter l'expansion agricole extensive, identifiée par les autorités comme responsable de plus de 60 % de la déforestation nationale. L'objectif est d'augmenter les rendements sans accroître les surfaces cultivées.
 
Le troisième projet porte sur la gestion intégrée du paysage du Grand Mbam. Financé par la banque publique allemande KfW à hauteur de près de 11 milliards de FCFA et prévu jusqu'en 2029, il doit servir de terrain d'expérimentation pour concilier production agricole, conservation forestière et développement local. Les autorités espèrent démontrer que l'exploitation durable des ressources naturelles peut générer des revenus tout en stabilisant les écosystèmes.
 
Le quatrième programme, doté d'environ 4 milliards de FCFA et mis en œuvre par la GIZ, vise à renforcer les capacités en matière d'aménagement du territoire. Il inclut l'appui aux plans locaux d'affectation des terres ainsi que le développement méthodologique du troisième inventaire forestier national. Le ministre a indiqué qu'il s'agira notamment de " stopper et inverser la perte de forêts ", en favorisant la régénération naturelle et la protection des zones humides et des tourbières.
 
Le ministère de l'Économie table sur une amélioration des revenus ruraux, la création d'emplois et une réduction de la pauvreté dans les zones forestières, dans le cadre de la stratégie nationale de développement à l'horizon 2030. Les résultats obtenus durant cette première phase conditionneront l'ampleur des financements futurs et la montée en puissance du partenariat international autour des forêts camerounaises.
 
Dans l'Est du Cameroun, la pression exercée sur les terres et les forêts illustre concrètement les défis que les nouveaux projets environnementaux cherchent à contenir. Dans le département de la Kadey, l'exploitation artisanale de l'or progresse rapidement au détriment des surfaces agricoles et du couvert forestier, selon une double étude menée par l'organisation Forêts et Développement Rural avec l'appui de partenaires européens et humanitaires dans le cadre du programme transfrontalier SOLID.
 
Les données compilées montrent qu'entre 2010 et 2024, la superficie consacrée à l'orpaillage est passée de 82,48 hectares à 4 639,69 hectares, soit une hausse de 5 490 %. L'arrondissement de Batouri concentre plus de 70 % de cette progression avec 3 247 hectares exploités contre 79 hectares quatorze ans plus tôt. Kétté enregistre également une expansion très rapide, sa surface minière ayant été multipliée par plus de 300 sur la même période.
 
Cette avancée se fait largement au détriment de l'agriculture. L'étude estime que 2 025,6 hectares de terres arables ont été convertis en sites d'orpaillage entre 2010 et 2024, représentant 44 % de la surface minière totale. Le document de synthèse souligne que cette évolution entraîne une baisse des capacités de production vivrière, une hausse des prix alimentaires et un renforcement de l'insécurité alimentaire locale.
 
Le couvert végétal subit lui aussi une dégradation importante. Les chercheurs évaluent à 2 614,4 hectares la superficie forestière détruite dans les arrondissements de Batouri, Kétté et Kentzou, avec des impacts signalés sur la biodiversité, la stabilité des écosystèmes et la fertilité des sols.
 
Les projections dressées par Foder accentuent ces inquiétudes. Sans mécanisme de régulation, la superficie exploitée pourrait atteindre environ 7 500 hectares à Batouri et 3 000 hectares à Kétté d'ici 2040, confirmant l'ampleur des pressions foncières et environnementales auxquelles les politiques de gestion durable des paysages devront répondre.
 
Perton Biyiha
 
 
 
 

Publié le 24/02/26 10:07

La Rédaction

SOYEZ LE PREMIER A REAGIR A CET ARTICLE

Pour poster un commentaire, merci de vous identifier.

xxcEkyj18aMzaY7__BEg7k_F6PhrDl7dUSYCcjtn5Co False