L'Etat du Cameroun étend sa présence dans l'industrie extractive son entrée, via la Société nationale des mines, dans l'actionnariat de deux nouvelles sociétés opérant sur son territoire. Cette évolution concerne Colomine Mining Corporation, active dans l'or à l'Est du pays, et Camalco Mining, porteuse du projet de bauxite de Minim-Martap dans l'Adamaoua.
Le communiqué officiel précise que " la Société Nationale des Mines S.A, dépositaire de la mission de gestion des intérêts de l'Etat au sein du capital des sociétés minières titulaires des permis d'exploitation, est désormais outillée pour occuper sereinement son fauteuil d'actionnaire des sociétés Colomine Mining Corporation (COMINCOR) et CAMALCO MINING S.A ".
Dans ce cadre, l'entreprise publique " s'est ainsi engagée avec la société CODIAS, le 5 décembre 2025 d'une part, et CAMALCO MINING S.A le 26 janvier 2026 d'autre part ". Les deux sociétés interviennent respectivement dans " l'exploitation de la petite mine d'or de Colomine " et " le développement du projet de bauxite de Minim Martap ".
Le texte officiel indique que ces signatures constituent " le dénouement des démarches engagées par la SONAMINES S.A, conformément aux dispositions des articles 47 et 48 de la loi n°2023/014 du 19 décembre 2023, en vue de son intégration dans les sociétés d'exploitation de plusieurs projets miniers ".
Les négociations ont abouti à des arrangements spécifiques destinés à encadrer la position de l'État actionnaire. D'après le communiqué, " les parties ont convenu de l'établissement des arrangements particuliers, pour consacrer les droits spécifiques de l'Etat, dans l'exercice de ses prérogatives souveraines sur ses ressources naturelles notamment, la dévolution à titre gratuit des actions à l'Etat et les modalités de perception et de valorisation du partage de production ".
Ces dispositions incluent l'attribution d'actions gratuites au profit de l'État ainsi que la définition des règles de partage de production.
À Colomine, les autorités visent une montée rapide de la production. Le ministère des Mines table sur 600 kilogrammes d'or par an, soit environ 20 000 onces, pour un chiffre d'affaires annuel estimé à 30 milliards de francs CFA. Le permis d'exploitation de la petite mine d'or, attribué en septembre 2022 pour cinq ans, est mis en œuvre via Comincor. Conformément au code minier, la Sonamines y détient une participation gratuite de 10%. Les retombées attendues incluent la taxe ad valorem de 5% du chiffre d'affaires, dont une partie reviendra à la commune de Ngoura, ainsi que des contributions au fonds de développement des capacités locales. Le projet pourrait générer jusqu'à 500 emplois directs et exploiter des réserves estimées à 400 000 onces sur vingt ans.
Du côté de la bauxite, Camalco Mining est la filiale camerounaise du groupe australien Canyon Resources. Le projet Minim-Martap vise une production pouvant atteindre 10 millions de tonnes par an. Des estimations relayées par des sources officielles évoquent 144 millions de tonnes de réserves, valorisées à 835 millions de dollars, avec un investissement additionnel annoncé de 96 millions de dollars pour lancer la production.
Une pratique déjà utilisée par Yaoundé
L'intégration de l'État dans ces deux sociétés prolonge une stratégie déjà appliquée à d'autres projets miniers. La Sonamines rappelle que " ces énièmes signatures viennent porter à trois le nombre de pactes d'actionnaires signés ".
Un précédent concerne le projet de fer de Lobé-Kribi dans le Sud du pays. En novembre 2025, les actionnaires de Sinosteel CAM ont signé un pacte encadrant leurs relations et actant la cession gratuite de 10 pour cent du capital à l'État camerounais. Ce dispositif, fondé sur le droit des sociétés commerciales de l'OHADA, permet d'organiser les droits économiques et de gouvernance liés à la participation publique.
Le gisement de Lobé-Kribi recèle environ 632 millions de tonnes de minerai et doit produire 10 millions de tonnes de fer brut par an. Selon la convention minière, son exploitation pourrait générer près de 22,9 milliards de francs CFA de revenus annuels pour le Cameroun, incluant taxes, part de production et contributions destinées aux collectivités locales.
Perton Biyiha
Publié le 22/02/26 10:12
La Rédaction
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CEMAC