L'État camerounais prévoit de mobiliser 70,25 milliards FCFA pour relancer la production de la Cotonnière industrielle du Cameroun (CICAM) et multiplier par six ses capacités d'ici 2030. C'est ce que révèle le rapport-pays 2024 sur le Cameroun, publié récemment par la Banque africaine de développement (BAD).
Le document n'apporte cependant aucune précision sur le mécanisme par lequel ce financement sera injecté. Toutefois, les initiatives les plus récentes mises en œuvre par le gouvernement camerounais en vue de relancer la CICAM ont permis de faire émerger un partenaire qui semble particulièrement intéressé par le sauvetage de cet ancien fleuron de l'industrie camerounaise : le groupe industriel indien Arise Integrated Industrial Platforms (Arise IIP).
En effet, le 6 mai 2025, le ministre camerounais de l'Industrie, Fuh Calistus Gentry, a présidé une réunion du comité en charge de la restructuration de la CICAM. Cette rencontre a rassemblé des représentants de l'entreprise publique, de la Société nationale d'investissement (SNI) et du groupe Arise IIP. À cette occasion, la direction générale de la CICAM a présenté un plan d'affaires couvrant la période 2025-2029, assorti d'un programme d'actions à court terme sur trois mois.
Ce plan vise la modernisation des installations de production, aujourd'hui largement dépassées, ainsi que le redémarrage des activités industrielles. Le compte rendu publié à l'issue de la réunion évoquée ci-dessus présentait Arise IIP comme un partenaire technique et financier prioritaire pour la mise en œuvre du projet de relance de la CICAM, sans toutefois détailler les modalités précises de sa contribution. Le ministère de l'Industrie indiquait alors " que les discussions sont toujours en cours avec plusieurs partenaires, dont Arise IIP ".
Ce n'est pas la première fois que le groupe indien est cité comme partenaire potentiel dans le processus de relance de la CICAM. En février 2025, des sources proches du dossier avaient déjà évoqué une possible entrée d'Arise IIP dans le capital ou dans la gestion opérationnelle de la société textile publique. Cette perspective s'inscrivait dans un accord stratégique conclu en octobre 2024 entre Arise IIP, la Banque africaine d'import-export (Afreximbank) et l'équipementier suisse Rieter AG, dans le cadre d'un programme continental visant à transformer 500 000 tonnes de coton africain sur cinq ans, grâce à un financement structuré de 5 milliards USD.
Ce plan ambitionne également de créer 500 000 emplois directs sur le continent, de réduire les importations annuelles de textiles en Afrique, d'accroître les exportations via le dispositif américain AGOA, et de soutenir le développement de compétences locales à travers des centres de formation spécialisés.
Jadis pilier de l'industrie textile nationale, l'entreprise est aujourd'hui en grande difficulté. D'après le rapport 2022 sur les entreprises publiques, ses capitaux propres sont négatifs à hauteur de -16,3 milliards FCFA, contre un capital social de 1,5 milliard FCFA. Le résultat net est déficitaire de 3,2 milliards FCFA, et la dette totale atteint 31 milliards FCFA.
Les infrastructures sont à l'arrêt, les machines obsolètes, et la CICAM ne dispose plus de capacités suffisantes pour satisfaire la demande locale. Pour la Journée internationale de la femme 2024, l'entreprise a dû importer d'Inde près de deux millions de mètres de pagne, faute de production locale.
A cette situation financière critique s'ajoutent des tensions sociales. Le 1er avril 2024, les employés ont organisé une manifestation devant le siège de l'entreprise à Douala pour réclamer 13 mois d'arriérés de salaires, évalués à 1,82 milliard FCFA par les délégués du personnel.
Perton Biyiha
Publié le 29/07/25 16:13
La Rédaction
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