Au Cameroun, la volonté de mieux encadrer le commerce électronique et d'en tirer des recettes substantielles s'est affirmée fin août 2025 lors du "Grenelle de la prise en charge en douane", tenu trois jours durant au Centre d'instruction douanière de Nomayos. Ce conclave, qui a rassemblé autorités douanières, représentants du ministère des Finances, opérateurs économiques, experts internationaux et forces de sécurité, avait pour objectif de passer en revue les dysfonctionnements de la chaîne douanière. À l'issue des travaux, la Douane a annoncé qu'elle allait désormais intégrer la régulation du e-commerce dans ses priorités, grâce à des outils numériques permettant le suivi des transactions et la mise en place d'une fiscalité adaptée.
Cette orientation intervient dans un contexte où l'économie numérique prend de plus en plus de place dans le pays. Dès 2018, la Conférence des Nations unies pour le commerce et le développement (CNUCED) classait le Cameroun au 10ᵉ rang africain pour l'indice du commerce électronique, le seul pays d'Afrique centrale à figurer dans ce top 10. La Cnuced soulignait alors " le nombre d'acheteurs en ligne, le niveau de sécurité des serveurs, la facilité de paiement et la logistique de livraison", des critères supérieurs à la moyenne africaine.
L'administration douanière camerounaise avait déjà tenté d'encadrer cette activité par le passé. En 2018, la Direction générale des douanes (DGD) avait signé une convention avec Jumia, alors leader du secteur, pour collecter les taxes sur les produits importés après achat en ligne. Cette convention engageait la plateforme à introduire les marchandises en respectant la législation douanière, en contrepartie de facilités de dédouanement. Mais la fermeture de Jumia au Cameroun est venue mettre un terme à cette expérience.
Une autre tentative date du 3 novembre 2021. Les Douanes camerounaises, Bolloré Logistics et Kiwipay Afrique centrale avaient alors signé un protocole pour créer une plateforme permettant aux consommateurs de commander légalement sur des sites comme Amazon via l'application Kiwigo. "Kiwigo va tout simplement donner accès à des plateformes comme Amazon à toutes les populations camerounaises, mais également à des services comme Uber", expliquait à l'époque Christophe Nicolas, directeur de Kiwipay Afrique centrale. Dans ce schéma, la Douane prélevait un taux cumulé de 44 % de droits et taxes sur chaque colis, tandis que Bolloré agissait en tant que commissionnaire agréé.
La volonté d'encadrer le commerce en ligne s'inscrit dans une stratégie plus globale de mobilisation de recettes issues du numérique. Le gouvernement a relancé, le 1ᵉʳ juillet 2025, dans son Document de programmation économique et budgétaire à moyen terme (DPEBMT) 2026-2028, une réforme fiscale visant les multinationales du numérique. Le texte annonce un mécanisme permettant de taxer les entreprises étrangères opérant en ligne sur la base de leur "activité économique réelle" au Cameroun, même sans présence physique. Ce dispositif, inspiré des discussions menées au sein de l'OCDE et du G20 sur la "présence économique significative", devrait générer environ 20 milliards FCFA par an, selon des projections de l'OCDE reprises par le ministère des Finances.
Sur le plan interne, les objectifs de recettes douanières demeurent ambitieux. Selon des données publiées début septembre 2025 par la DGD, une enveloppe mensuelle de 101,8 milliards FCFA est attendue pour ce seul mois. Après avoir dépassé le seuil symbolique de 1000 milliards FCFA en 2023 (1 019,8 milliards), l'administration vise 1 144 milliards en 2025, soit une hausse de 8,3 % par rapport aux 1 055,9 milliards collectés en 2024.
Perton Biyiha
Publié le 09/09/25 11:29
La Rédaction
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