Le Gabon a officiellement lancé, le 8 juin, les travaux de construction du port en eau profonde de Kobe-Kobe, une infrastructure appelée à soutenir l'exploitation du gigantesque gisement de fer de Belinga et à renforcer la place du pays dans les échanges commerciaux d'Afrique centrale. Le projet associe l'État gabonais, Africa Global Logistics (AGL) et Algest Investment Bank dans le cadre d'un partenariat qui prévoit également la réalisation d'une ligne ferroviaire de 550 kilomètres et le développement de nouvelles capacités énergétiques.
Selon les informations communiquées par les autorités gabonaises et les partenaires du projet, le futur complexe portuaire sera implanté sur la façade atlantique, dans le département du Komo-Océan, à proximité de Libreville. Sa mise en service est annoncée entre 2030 et 2031.
Conçu comme une plateforme logistique de grande capacité, le port pourra traiter jusqu'à 110 millions de tonnes de marchandises par an. Outre un terminal dédié au minerai de fer, il comprendra des installations destinées aux marchandises générales, aux conteneurs ainsi qu'un terminal offshore. L'infrastructure sera reliée au gisement de Belinga par un corridor ferroviaire de 550 kilomètres, destiné à assurer l'acheminement du minerai vers le littoral.
Le fer de Belinga au centre du dispositif
Le principal moteur économique du projet demeure le gisement de Belinga, situé dans la province de l'Ogooué-Ivindo. Les autorités gabonaises considèrent cette mine comme l'un des principaux leviers de leur stratégie de diversification économique.
L'exploitation du gisement a été confiée au groupe australien Fortescue Metals, qui avait annoncé l'an dernier avoir déjà engagé 305 millions de dollars dans le développement du projet. Les réserves sont estimées à près d'un milliard de tonnes de minerai à haute teneur.
Si les capacités industrielles définitives de production n'ont pas encore été rendues publiques, AGL affirme que les infrastructures prévues permettront de transporter jusqu'à 250 000 tonnes de minerai par jour. Les études présentées dans le cadre du projet évoquent également une capacité ferroviaire pouvant atteindre, à terme, 100 millions de tonnes de minerai par an.
Au-delà de l'exportation du minerai brut, les autorités gabonaises affichent leur volonté de développer une transformation locale d'une partie de la production. Les documents de présentation du projet précisent ainsi qu'" une part significative de cette production, estimée à environ 35 %, devrait être transformée localement afin de créer davantage de valeur ajoutée sur le territoire national ".
Un corridor industriel et énergétique
Le dispositif comprend également un important volet énergétique. Les études de faisabilité du barrage hydroélectrique de Booué, lancées le 1er juin 2026, portent sur une installation dont la capacité est estimée entre 400 et 600 mégawatts. Cette centrale est destinée à alimenter les activités industrielles associées au corridor Belinga–Kobe-Kobe, tout en renforçant le réseau électrique national.
Au-delà de sa vocation minière, le projet nourrit aussi des ambitions logistiques à l'échelle régionale. Le futur port disposera d'un tirant d'eau compris entre 14 et 16 mètres, contre des profondeurs souvent limitées à 7 ou 8 mètres dans plusieurs installations portuaires de la sous-région, selon les promoteurs du projet.
Dans leur présentation, ces derniers soulignent que " cette profondeur permettra l'accueil de navires de grand tonnage que les installations actuelles d'Owendo ne peuvent recevoir en raison des contraintes naturelles liées à leur configuration ". Ils précisent également que le projet " ne vise pas à remplacer le port d'Owendo ", mais à fonctionner de manière complémentaire avec celui-ci. Kobe-Kobe sera ainsi principalement dédié aux flux miniers et à l'accueil des navires de grande capacité, tandis qu'Owendo continuera d'assurer ses fonctions actuelles dans le système portuaire gabonais.
Publié le 09/06/26 10:54
La Rédaction
SN
CEMAC