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Le Tchad cherche au Nigeria une alternative à sa dépendance numérique envers le Cameroun

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Le Tchad et le Nigeria ont posé, mercredi 16 septembre 2026 à N'Djamena, les bases d'une coopération numérique portant notamment sur la connectivité régionale, la digitalisation de l'administration et l'intelligence artificielle. L'accord a été signé par les ministres tchadien et nigérian chargés des télécommunications et de l'économie numérique, Haliki Choua Mahamat et Bosun Tijani.

Concrètement, l'intérêt du Tchad porte notamment sur BRIDGE, acronyme de Building Resilient Digital Infrastructure for Growth, un programme nigérian d'extension de la fibre optique porté par le gouvernement fédéral. Celui-ci prévoit le déploiement de 90 000 kilomètres supplémentaires de fibre afin de faire passer le réseau national d'environ 30 000 à près de 120 000 kilomètres, avec une couverture des 36 États du pays et des 774 collectivités locales.

Pour N'Djamena, l'intérêt du programme réside surtout dans sa dimension transfrontalière. La Banque africaine de développement présente en effet BRIDGE comme un projet susceptible de permettre des connexions avec le Bénin, le Cameroun, le Niger et le Tchad. L'enjeu, pour les autorités tchadiennes, est donc de pouvoir disposer d'une nouvelle voie d'accès aux infrastructures numériques régionales et, au-delà, aux câbles sous-marins internationaux.

" Le projet BRIDGE retient l'attention du ministre en charge des télécommunications, qui a fait savoir que c'est une opportunité pour le Tchad de se connecter par fibre optique et d'accéder ainsi aux réseaux internationaux disponibles à Lagos ", rapporte le communiqué tchadien.

À l'échelle du Nigeria, le programme repose sur un montage financier évalué à 2 milliards USD, dont 500 millions USD déjà apportés par la Banque mondiale, 200 millions USD par la Banque africaine de développement et 100 millions USD par la Banque européenne pour la reconstruction et le développement.

Le communiqué final évoque également le développement conjoint d'infrastructures numériques, ainsi que la régulation et la cybersécurité, domaines dans lesquels Bosun Tijani a affirmé la disponibilité du Nigeria à accompagner le Tchad. Aucun calendrier ni montage financier spécifique à un éventuel tronçon reliant le Tchad au réseau nigérian n'a toutefois été communiqué à l'issue de la rencontre.

Derrière cette coopération se trouve en réalité une préoccupation plus structurelle pour N'Djamena : réduire la forte concentration de ses accès internationaux. Pays enclavé, le Tchad dépend aujourd'hui presque entièrement du Cameroun pour accéder aux câbles sous-marins internationaux. Selon un rapport de l'Union internationale des télécommunications consacré aux infrastructures numériques tchadiennes, une liaison directe de 35 kilomètres entre N'Djamena et le réseau camerounais de Camtel, interconnecté au câble SAT-3, constitue actuellement le seul lien international réellement opérationnel du pays.

Cette dépendance s'est encore accentuée avec l'interruption de la route passant par le Soudan. Longue de 1 142 kilomètres jusqu'à Port-Soudan, cette liaison est hors service depuis mai 2024 en raison du conflit qui sévit dans le pays, selon Internet Society. Dans ce contexte, l'ouverture d'une nouvelle route vers le Nigeria permettrait au Tchad de diversifier ses points de sortie internationaux et de réduire son exposition aux incidents affectant le réseau camerounais.

Les vulnérabilités de cette architecture sont apparues de manière concrète ces dernières années. En août 2024, une double coupure de fibre sur les infrastructures de Camtel au Cameroun avait provoqué une perturbation majeure de l'accès à Internet au Tchad, rappelle Internet Society.

Claude Paul Tjeg 

Publié le 21/09/26 14:42

La Rédaction

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