La Côte d'Ivoire a franchi une nouvelle étape dans la modernisation de sa chaîne d'approvisionnement en produits pétroliers. Le 24 juillet 2026, à Yamoussoukro, le ministre des Mines, du Pétrole et de l'Énergie, Mamadou Sangafowa-Coulibaly, a mis en service un bac (de stockage) de 20 000 m³ dédié au gasoil ainsi qu'un poste de chargement en source des camions-citernes.
Trois ans après l'inauguration du bac R12, consacré au super sans plomb, la Société de gestion des stocks pétroliers de Côte d'Ivoire (GESTOCI) poursuit l'extension de son dépôt de Yamoussoukro. Le nouveau bac R14 ajoute 20 000 m³ de capacité de stockage de gasoil à un site appelé à occuper une place croissante dans le dispositif national d'approvisionnement.
L'entreprise publique a parallèlement mis en service un poste permettant le chargement en source du super sans plomb et du gasoil. Contrairement au remplissage par le haut, cette technologie introduit les produits pétroliers par le bas de la citerne, avec à la clé une réduction des délais d'intervention, une meilleure maîtrise des flux et une exposition moindre des opérateurs aux vapeurs de carburant.
Selon les données présentées au cours de la cérémonie, le temps nécessaire au remplissage d'un camion-citerne passe ainsi de 45 à environ 15 minutes. Cette division par trois doit permettre aux transporteurs d'effectuer davantage de rotations et aux distributeurs de fluidifier l'acheminement des produits vers les stations-service.
" Ce gain de temps permettra aux transporteurs de faire plus de rotations et de maximiser leur marge ", a souligné Mamadou Sangafowa-Coulibaly, tout en assurant que la transition vers le nouveau système serait conduite progressivement, conformément aux accords conclus avec les professionnels du transport.
Un dépôt de plus de 100 000 m³ à Yamoussoukro
Avec le bac R14, la capacité nominale du site atteint désormais 100 700 m³. L'extension a également nécessité la construction d'un bac de 6 000 m³ d'eau, destiné à renforcer les moyens de protection des installations en cas d'incendie.
Pour le directeur général de la GESTOCI, Ibrahima Doumbia, ces réalisations répondent d'abord à un impératif de sécurité d'approvisionnement. L'augmentation des stocks disponibles à l'intérieur du pays doit réduire les risques de rupture, améliorer la disponibilité des produits et rapprocher les capacités logistiques des principaux centres de consommation.
Le projet marque également une nouvelle étape dans la déconcentration progressive du stockage pétrolier, longtemps dominé par les installations d'Abidjan. Située au centre du pays et au croisement de plusieurs axes routiers, Yamoussoukro peut servir de plateforme de redistribution vers le nord, l'ouest et le centre de la Côte d'Ivoire, ainsi que vers les pays sans littoral comme le Burkina Faso, le Mali et le Niger.
La GESTOCI entend prolonger cette dynamique avec un programme d'investissement couvrant plusieurs régions. Sa feuille de route, a indiqué le directeur général, prévoit notamment la construction d'un bac de 40 000 m³ de super sans plomb à Abidjan, la réhabilitation du dépôt de Bouaké, doté d'une capacité de 48 000 m³, ainsi que la réalisation de nouveaux dépôts à Odienné et à San Pedro, de 40 000 m³ chacun.
Selon Ibrahima Doumbia, ces investissements doivent constituer un " bouclier logistique " sur le territoire ivoirien et au-delà des frontières nationales.
Les capacités nationales portées à 583 000 m³
L'inauguration de Yamoussoukro intervient alors que le gouvernement engage une transformation plus large des circuits de distribution des produits pétroliers. Les infrastructures d'Abidjan et de Yamoussoukro disposent actuellement d'un potentiel cumulé de chargement estimé à 650 camions par jour.
L'objectif affiché est de porter cette capacité à 1 800 camions par jour à l'horizon 2030, soit près de trois fois le niveau actuel, a relevé le ministre Mamadou Sangafowa Coulibaly. Le gouvernement prévoit, pour y parvenir, d'équiper environ 3 000 camions et de généraliser le chargement en source à plus de 90 % des volumes de produits liquides.
Avec la mise en service du nouveau bac, les capacités nationales de stockage de produits pétroliers atteignent désormais 583 000 m³, selon le ministre. Leur renforcement constitue l'un des piliers de la politique énergétique engagée par la Côte d'Ivoire.
Cette politique ne repose pas uniquement sur la création de nouvelles installations. Le gouvernement prévoit également le dégoulottage de la Société ivoirienne de raffinage (SIR), afin d'accroître ses capacités de traitement et d'améliorer la fluidité de ses opérations logistiques.
En parallèle, le pipeline multiproduit projeté entre Abidjan et Ferkessédougou doit créer un axe structurant pour l'acheminement du carburant vers le nord. Associée aux futurs dépôts de Ferkessédougou et d'Odienné, cette infrastructure pourrait réduire la dépendance au transport routier sur les longues distances et renforcer l'approvisionnement des marchés frontaliers.
Le contenu local au cœur du chantier
La GESTOCI présente également les installations de Yamoussoukro comme une application de la politique nationale de contenu local. Le chantier a mobilisé des compétences ivoiriennes et favorisé, selon sa direction, le transfert de technologies ainsi que l'acquisition de nouvelles expertises industrielles.
Cette dimension revêt une importance croissante à mesure que le pays développe des infrastructures pétrolières plus complexes. La capacité à exploiter et à maintenir localement les dépôts, les pipelines, les unités de raffinage et les équipements de sécurité conditionnera une partie des retombées économiques de l'expansion du secteur.
Pour les autorités, les investissements ne doivent donc pas seulement accroître les capacités matérielles. Ils doivent aussi favoriser l'émergence d'entreprises locales, d'ingénieurs, de techniciens et de prestataires capables d'intervenir sur toute la chaîne de valeur.
Publié le 27/07/26 12:52
Jean Mermoz Konandi
SN
CEMAC