En seulement un an et demi au Mali, les recettes mobilisées au titre des contributions au Fonds de réalisation des infrastructures énergétiques, hydrauliques et de transport, ont atteint 109,14 milliards FCFA (197 millions de dollars), illustrant la montée en puissance d'un mécanisme inédit destiné à transformer les revenus miniers en investissements structurants au service du développement national.
Ce bilan a été dévoilé le 31 juillet dernier à Bamako, à l'occasion de la première réunion du Comité de pilotage du Fonds, présidée par le ministre malien de l'Économie et des Finances, Alousséïni Sanou, en présence de plusieurs membres du gouvernement et des responsables des secteurs concernés, selon un communiqué gouvernemental publié ce 3 août. Au cœur des échanges, le gouvernement a mis en avant les performances de ce nouvel instrument financier, instauré dans le cadre de la réforme du code minier.
Dans le détail, les recettes mobilisées entre le 1er janvier 2025 et le 30 juin 2026, qui s'élèvent selon le montant précisé plus haut, se répartissent entre 57,751 milliards FCFA en 2025 et 51,391 milliards FCFA au premier semestre 2026. Pour les autorités, cette mobilisation rapide confirme la capacité du fonds à générer des ressources importantes pour financer les investissements prioritaires de l'État, tout en réduisant progressivement la dépendance du pays vis-à-vis des financements extérieurs.
Un mécanisme financé directement par les compagnies minières
Créée depuis le 29 août 2023, les dispositions du Fonds de réalisation des infrastructures énergétiques, hydrauliques et de transport, prévoient que les titulaires de permis d'exploitation de grandes et petites mines, ainsi que les exploitants industriels de carrières, contribuent au financement des infrastructures à hauteur de 1% de leur chiffre d'affaires trimestriel, auquel s'ajoute 10% de la redevance ad valorem durant les cinq premières années de production. À partir de la sixième année, la contribution sur le chiffre d'affaires passe à 2,5%. À travers ce mécanisme, l'État malien entend créer un lien direct entre l'exploitation des ressources minières et la réalisation d'infrastructures publiques essentielles.
Pour les autorités maliennes, cette réforme traduit la volonté des autorités de faire du secteur minier un véritable moteur du développement national. Les ressources mobilisées sont exclusivement destinées au financement d'infrastructures dans trois secteurs jugés stratégiques : l'énergie, l'eau et les transports, considérés comme les principaux leviers de compétitivité de l'économie malienne. Selon les responsables gouvernementaux, ces investissements doivent permettre d'améliorer durablement l'accès à l'électricité, à l'eau potable, aux réseaux routiers, ferroviaires et fluviaux, tout en renforçant l'attractivité économique du pays.
*Des projets structurants déjà identifiés*
À l'occasion de cette première réunion du Comité de pilotage, plusieurs départements ministériels ont présenté des projets susceptibles d'être financés grâce au fonds. Le ministère des Transports a notamment proposé des projets portant sur le chemin de fer, des infrastructures routières, l'acquisition de bateaux fluviaux, ainsi que le développement de Mali Airlines SA, considéré comme un levier de diversification des moyens de transport et de désenclavement du territoire. La ministre en charge des Infrastructures, Madina Dembélé Sissoko, a salué la mise en place de ce mécanisme qu'elle juge indispensable pour accélérer le développement du système multimodal de transport et améliorer la mobilité des personnes et des marchandises.
Le secteur de l'énergie figure également parmi les principaux bénéficiaires du nouveau fonds. Le ministre de l'Énergie et de l'Eau, Pr Tiémoko Traoré, estime que ces nouvelles ressources permettront d'accélérer la construction d'infrastructures énergétiques et hydrauliques, indispensables à la souveraineté du pays. Au-delà de l'amélioration de l'accès à l'eau et à l'électricité, ces investissements devraient soutenir le développement agricole, renforcer les capacités industrielles nationales, créer davantage de valeur ajoutée et améliorer les conditions de vie des populations. Le ministre a rappelé qu'un précédent mécanisme, le Fonds de développement local, avait déjà permis de transférer plus de 18 milliards de FCFA aux collectivités territoriales, tandis que ce nouveau fonds vient compléter cette dynamique d'investissement.
Pour le ministre des Mines, Pr Amadou Keïta, les résultats enregistrés démontrent que le secteur minier devient progressivement un véritable moteur de la transformation économique du Mali. Selon lui, l'opérationnalisation de ce fonds n'est qu'une première étape. D'autres mécanismes prévus par les réformes minières devraient entrer en vigueur afin d'accroître encore les retombées économiques du secteur, en complément des dividendes, impôts et taxes déjà perçus par l'État.
En faisant financer directement les infrastructures publiques par les revenus de l'exploitation minière, le Mali cherche ainsi à bâtir un modèle de développement davantage fondé sur ses ressources internes. Une stratégie qui vise à renforcer l'autonomie financière du pays tout en accélérant la réalisation d'infrastructures indispensables à sa croissance économique et à sa compétitivité.
Publié le 04/08/26 10:28
Narcisse Angan
SN
CEMAC