Dans un contexte marqué par des relations tendues entre l'État malien et plusieurs grands groupes miniers internationaux, un nouvel investissement d'envergure vient rebattre les cartes.
Le family office de l'homme d'affaires indien Gagan Gupta s'engage à hauteur de 120 millions de dollars, soit 66,75 milliards FCFA, dans le développement d'une deuxième mine d'or au Mali, selon une information relayée par Bloomberg.
Un financement stratégique pour le projet Sanankoro
À travers sa structure Eagle Eye Asset Holdings, l'investisseur a conclu un accord avec Cora Gold afin de soutenir le projet aurifère de Sanankoro, situé dans le sud du Mali.
Ce financement repose sur un mécanisme de ‘'streaming'', particulièrement prisé dans l'industrie minière. Il permet à Eagle Eye d'obtenir environ 30% de la production future d'or, à un prix équivalent à 20% du cours spot. Autrement dit, l'investisseur sécurise un accès à l'or à prix décoté, tandis que l'opérateur bénéficie de liquidités immédiates pour accélérer la mise en production.
Selon Cora Gold, cet accord ‘'devrait accélérer sensiblement le calendrier de construction une fois les permis obtenus'', soulignant l'effet de levier de ce type de financement alternatif dans des environnements à risque.
Un investisseur qui renforce son empreinte africaine
L'opération s'inscrit dans une stratégie d'expansion plus large pilotée par Gagan Gupta, également à la tête de Arise Integrated and Industrial Platforms. Ancien cadre du groupe Olam, il intensifie ses positions dans les ressources naturelles africaines.
Au-delà du Mali, ses investissements couvrent un spectre étendu : exploitation aurifère en Sierra Leone, bauxite au Cameroun, cuivre en Zambie ou encore minerai de fer en République du Congo.
Au Mali même, Eagle Eye n'en est pas à son premier engagement. La structure soutient déjà le projet Kobada, porté par Toubani Resources, dont l'entrée en production est attendue prochainement avec une capacité cible de 162 000 onces par an.
Cet afflux de capitaux intervient dans un contexte particulièrement délicat. Depuis plusieurs années, les autorités de transition maliennes ont engagé un bras de fer avec certaines compagnies étrangères, autour de litiges fiscaux et d'une réforme du code minier visant à accroître les revenus de l'État.
Des groupes comme Resolute Mining ou B2Gold ont réussi à maintenir leurs opérations en négociant de nouveaux accords. En revanche, le conflit avec Barrick Mining a atteint un point critique, la compagnie ayant temporairement perdu le contrôle du complexe stratégique de Loulo-Gounkoto.
Deuxième producteur d'or du continent africain selon le Conseil mondial de l'or, le Mali conserve un potentiel géologique considérable. C'est précisément cette richesse qui continue d'attirer des investisseurs capables d'accepter une prime de risque élevée.
En devenant le principal actionnaire de Cora Gold et de Toubani Resources, avec respectivement 29,9% et 33,8% du capital, Eagle Eye confirme une stratégie offensive et assumée.
Publié le 17/04/26 16:16
La Rédaction
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CEMAC