Marcelle Mabiala, Directrice générale adjointe de L'Archer Securities :
Notre ambition est de rapprocher durablement les entreprises et les investisseurs pour que le marché financier contribue davantage au financement de l'économie réelle
En Afrique centrale, le développement du marché financier régional ouvre de nouvelles perspectives pour mobiliser l'épargne et financer les entreprises. Comment élargir l'accès à ces ressources ? Quelles conditions les entreprises doivent-elles réunir pour en bénéficier ? Marcelle MABIALA, Directrice générale adjointe de L'Archer Securities, forte de plus de quinze ans d'expérience dans les métiers bancaires, partage sa lecture des enjeux et présente les ambitions de la société de bourse.
Le développement du marché des capitaux en Afrique centrale est souvent présenté comme un levier clé pour le financement des économies. Où en sommes-nous réellement aujourd'hui ?
Le marché financier régional dispose aujourd'hui de bases sur lesquelles construire : des infrastructures, un cadre de fonctionnement et des acteurs qui développent leur expertise. Le défi est de faire en sorte que ces outils soient davantage utilisés pour répondre aux besoins de financement de nos économies.
Les États ont joué un rôle moteur dans cette dynamique. Pour élargir le marché, il faut désormais permettre à davantage d'entreprises privées d'y accéder, tout en mobilisant une base plus large d'investisseurs. Cela demande de préparer les émetteurs, de proposer des opérations lisibles et de renforcer la confiance dans la durée.
Vous mettez un accent particulier sur le marché corporate. Pourquoi ce segment est-il stratégique dans le contexte actuel de la région ?
Le marché financier peut compléter le crédit bancaire en proposant différentes solutions
Le financement des entreprises est essentiel à la transformation de nos économies. Les entreprises portent l'investissement, la production et la création d'emplois, mais leurs projets nécessitent des ressources dont la durée et les modalités ne correspondent pas toujours aux financements disponibles.
Le marché financier peut compléter le crédit bancaire en proposant différentes solutions, qu'il s'agisse de renforcer les fonds propres ou de mobiliser de la dette. Cette diversification concerne aussi les PME et PMI, dont l'accès à des financements adaptés constitue un enjeu majeur pour le développement du tissu économique régional.
L'évolution du cadre réglementaire accompagne cette dynamique. La réforme des placements privés, adoptée par le Comité ministériel de l'UMAC sur proposition de la COSUMAF et applicable à compter du 1er novembre 2026, supprime notamment toute limitation du montant des opérations. Elle ouvre ainsi des possibilités supplémentaires de mobilisation de capitaux auprès d'investisseurs qualifiés, dans un cadre qui demeure réglementé.
Pour L'Archer Securities, l'enjeu est de traduire les possibilités en solutions concrètes
Pour L'Archer Securities, l'enjeu est de traduire ces possibilités en solutions concrètes, en identifiant les entreprises qui peuvent y recourir, structurer des financements cohérents avec leurs besoins et leur capacité financière, puis les accompagner dans leur relation avec les investisseurs.
À l'échelle du groupe L'Archer, cette volonté s'est concrétisée par le co-financement de l'incubateur Bantulab, aux côtés de la fondation BantuHub. Sa première entreprise lauréate, YANO, est une fintech congolaise. Son parcours montre l'intérêt d'associer accompagnement stratégique et soutien financier pour aider les jeunes entreprises à structurer leur activité et à préparer leur croissance.
Dans vos activités d'introductions en bourse et d'émissions obligataires, quels sont les principaux défis auxquels font face les entreprises locales ?
Le premier défi est la préparation. Accéder au marché suppose de disposer d'une information financière fiable, d'une gouvernance claire et d'un projet de développement suffisamment structuré. L'entreprise doit également être prête à respecter des obligations d'information dans la durée.
Pour les PME et PMI, le compartiment E-PME de la Bourse des Valeurs Mobilières de l'Afrique Centrale (BVMAC) offre une voie d'accès au financement en capital, sous réserve de satisfaire aux conditions d'admission. Son existence permet de donner une perspective concrète aux entreprises qui souhaitent ouvrir leur capital pour soutenir leur croissance. Il faut toutefois les accompagner pour apprécier leur éligibilité et réaliser les ajustements nécessaires, notamment sur les plans juridique, financier et organisationnel.
Notre rôle consiste à expliquer les exigences du marché et à préparer l'entreprise à les intégrer dans son fonctionnement.
Le deuxième défi est de choisir le financement adapté. Une introduction en bourse, une émission obligataire ou un placement privé répondent à des besoins et à des exigences différentes. Le choix doit tenir compte du stade de développement de l'entreprise, de sa capacité financière et des attentes de ses dirigeants concernant l'ouverture du capital.
Enfin, il faut lever les réticences liées à la transparence et au partage de l'information. Notre rôle consiste à expliquer les exigences du marché et à préparer l'entreprise à les intégrer dans son fonctionnement. C'est cette préparation qui permet de construire une relation crédible et durable avec les investisseurs.
Comment accompagnez-vous concrètement ces entreprises pour les préparer à accéder au marché financier ?
Notre accompagnement commence bien avant l'opération. Nous examinons les besoins de financement de l'entreprise, sa situation financière, son organisation et ses perspectives de développement. Ce diagnostic permet d'apprécier sa capacité à accéder au marché et d'identifier les ajustements nécessaires.
Nous définissons ensuite avec ses dirigeants un parcours de préparation. Selon la situation, celui-ci peut porter sur le renforcement de la gouvernance, la fiabilisation de l'information financière, la clarification du projet d'investissement ou la préparation des projections financières, en coordination avec les conseils concernés.
Nous examinons les besoins de financement de l'entreprise, sa situation financière, son organisation et ses perspectives de développement.
Nous intervenons ensuite dans le choix de l'instrument, la structuration du financement, la préparation de la documentation et la présentation de l'opération aux investisseurs. L'objectif est de proposer une opération compréhensible pour le marché et soutenable pour l'entreprise.
Cette démarche s'inscrit dans la durée. Au-delà de la levée de fonds, il faut préparer l'entreprise à suivre ses engagements et à entretenir une relation régulière avec ses investisseurs.
La question de la profondeur du marché revient régulièrement. Quels leviers permettraient, selon vous, d'élargir la base d'émetteurs et d'investisseurs ?
L'épargne individuelle et régionale représente un potentiel à mieux mobiliser, en complément des investisseurs institutionnels.
Il faut agir sur les deux côtés du marché. Pour les émetteurs, la priorité est de constituer un vivier d'entreprises préparées, avec des projets solides et une information financière de qualité. Toutes n'ont pas vocation à lever des fonds immédiatement : un accompagnement progressif est souvent nécessaire.
Pour les investisseurs, il faut rendre les opportunités plus accessibles et plus compréhensibles. Cela passe par une information claire sur le rendement attendu, les risques, la durée de placement et les possibilités de revente. L'épargne individuelle et régionale représente un potentiel à mieux mobiliser, en complément des investisseurs institutionnels.
La confiance se construit aussi après la souscription. La régularité de l'information des émetteurs, le respect de leurs engagements et la qualité du suivi contribuent à fidéliser les investisseurs et à encourager leur participation à de nouvelles opérations.
Quel regard portez-vous sur l'évolution de la BVMAC et son rôle dans la dynamisation du marché régional ?
La BVMAC est un point d'appui essentiel pour mettre en relation les émetteurs et les investisseurs à l'échelle régionale. La consolidation du marché a permis de disposer d'un cadre commun, dont-il faut maintenant accroître l'utilisation et la visibilité.
Les priorités restent la diversification des émetteurs, l'élargissement de la base d'investisseurs et la liquidité du marché secondaire. Pour un investisseur, la possibilité de céder ses titres dans des conditions satisfaisantes compte autant que les conditions de souscription initiales.
Au premier trimestre 2026, L'Archer Securities a réalisé 181 transactions sur les 638 enregistrées sur le marché, se plaçant au premier rang en nombre de transactions sur cette période. Ce résultat témoigne de notre participation à l'activité du marché. L'enjeu collectif reste toutefois de développer les échanges dans la durée et de faciliter la rencontre entre acheteurs et vendeurs.
Pour un investisseur, la possibilité de céder ses titres dans des conditions satisfaisantes compte autant que les conditions de souscription initiales.
La réforme des placements privés prévoit également que les cessions de titres issus de ces opérations s'effectuent entre investisseurs qualifiés sur un compartiment dédié de la BVMAC. Cette disposition renforce la place de la Bourse dans l'organisation des échanges sur le marché régional.
La conservation de titres est un enjeu important mais souvent peu visible. Pourquoi est-elle essentielle pour renforcer la confiance dans le marché ?
Un investisseur doit pouvoir connaître les titres qu'il détient et suivre les droits qui y sont attachés. La conservation et la tenue de compte des titres contribuent à cette fiabilité, notamment par la qualité des enregistrements et le suivi des opérations sur titres.
Cela implique une rigueur quotidienne dans le traitement des opérations, le suivi des revenus et la mise à disposition d'une information exacte au client. Les contrôles et la traçabilité sont donc essentiels. Cette sécurité opérationnelle soutient la confiance dans le marché, tout en restant distincte des risques financiers propres à chaque placement.
Dans quelle mesure la professionnalisation des acteurs financiers contribue-t-elle à améliorer l'attractivité de la zone CEMAC auprès des investisseurs ?
Pour attirer durablement des capitaux régionaux et internationaux, il faut offrir un environnement compréhensible et des pratiques fiables.
Les investisseurs attendent des interlocuteurs capables d'expliquer une opération, d'en apprécier les risques et d'en assurer une exécution rigoureuse. La qualité du conseil et de l'information est donc déterminante pour l'attractivité du marché.
Cette professionnalisation repose sur la formation continue, la maîtrise des exigences réglementaires et la solidité des dispositifs de contrôle. Elle se mesure dans les pratiques quotidiennes : qualité des dossiers, respect des engagements et suivi des clients.
Pour attirer durablement des capitaux régionaux et internationaux, il faut offrir un environnement compréhensible et des pratiques fiables. Chaque acteur a une responsabilité dans cette construction.
Quelle est votre ambition pour L'Archer Securities ?
Nous voulons contribuer à un marché plus profond et plus accessible, capable de financer des projets utiles à l'économie réelle.
Notre ambition est de faire de L'Archer Securities un partenaire de référence pour les entreprises qui souhaitent accéder au marché financier régional et pour les investisseurs qui cherchent à y placer leur épargne de manière éclairée.
Cela suppose d'accompagner davantage d'entreprises, notamment des PME et PMI, dans leur préparation, de structurer des opérations adaptées à leurs besoins et de maintenir une exigence élevée dans le conseil et l'exécution.
Nous voulons contribuer à un marché plus profond et plus accessible, capable de financer des projets utiles à l'économie réelle. Notre réussite se mesurera aussi à la qualité des relations durables que nous aurons permis de construire entre les entreprises et leurs investisseurs.
Publié le 03/11/26 13:35
La Rédaction
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CEMAC