Face à la volatilité structurelle des cours mondiaux, la République Démocratique du Congo (RDC) a décidé d'ériger une barrière protectrice. Par un décret pris en Conseil des Ministres le 10 avril 2026, Kinshasa a officiellement institué une " Réserve Stratégique des Substances Minérales Stratégiques ". Ce nouvel instrument, dont la gestion opérationnelle est confiée à l'Autorité de Régulation et de Contrôle des Marchés des Substances Minérales Stratégiques (ARECOMS), marque une rupture avec la simple régulation administrative pour s'orienter vers une intervention directe sur les marchés physiques.
L'ARECOMS voit ainsi ses prérogatives considérablement élargies, l'agence étant désormais habilitée à acquérir, détenir et commercialiser des stocks physiques de cobalt, de germanium et de coltan. Bien que le communiqué officiel ne précise pas encore le montant global de l'enveloppe financière allouée à la constitution de ces stocks, cette stratégie de "stockage souverain" vise à absorber les excédents d'offre qui avaient provoqué une chute historique des cours en 2025. En pilotant les volumes disponibles sur le marché international, l'État congolais entend s'imposer comme un Price Maker plutôt que de subir les cycles de prix imposés par les places boursières étrangères.
Cette offensive de souveraineté économique s'inscrit dans la continuité des réformes engagées pour stabiliser les recettes d'exportation de la RDC, premier producteur mondial de cobalt. En 2025, le pays avait déjà expérimenté des mesures de suspension temporaire des exportations et des quotas pour tenter de rééquilibrer le marché. La création de cette réserve structurante offre désormais au gouvernement un levier de régulation beaucoup plus flexible, capable de soutenir la valorisation locale et de protéger les revenus miniers contre les chocs de demande externes.
Au-delà de l'aspect mercantile, ce dispositif vise également à assainir une chaîne de valeur souvent critiquée sur le plan éthique. L'ARECOMS devra veiller à ce que l'accumulation de ces réserves respecte les normes internationales de lutte contre le blanchiment d'argent et la protection des populations vulnérables. Cette muraille de cobalt pourrait également servir de garantie financière stratégique, permettant à Kinshasa de renforcer sa signature sur les marchés de capitaux en adossant ses ambitions industrielles à des actifs physiques de haute valeur technologique.
Publié le 16/04/26 10:13
La Rédaction
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CEMAC