Les ambitions chinoises en Afrique rencontrent une réalité plus complexe que prévu. Les restrictions adoptées par certains pays africains sur l'exportation de métaux essentiels aux batteries frappent de plein fouet les entreprises qui ont investi des milliards de dollars pour sécuriser leurs approvisionnements.
Depuis plus de 10 ans, Pékin encourage ses sociétés minières à s'implanter sur le continent, anticipant l'essor des véhicules électriques et des systèmes de stockage d'énergie. La République démocratique du Congo et le Zimbabwe, deux pays clés pour le cobalt et le lithium, ont récemment pris des mesures pour favoriser la transformation locale et augmenter la valeur de leurs ressources. Au Congo, les exportations de cobalt ont été limitées dès février 2025, tandis qu'au Zimbabwe l'exportation de concentrés de lithium a été interdite le mois dernier.
Ces décisions ont rapidement fait grimper les prix des métaux, à des niveaux jamais vus depuis plusieurs années. Elles mettent les entreprises chinoises dans une position délicate. Au Congo, le groupe CMOC Ltd. produit plus de cobalt qu'il ne peut exporter, et au Zimbabwe, les producteurs doivent investir lourdement dans des capacités de raffinage pour contourner l'embargo. Pour les fabricants de batteries, cette situation entraîne une forte hausse des coûts et perturbe les chaînes d'approvisionnement.
Depuis 2020, les entreprises chinoises ont investi près de 2,8 milliards de dollars dans le lithium au Zimbabwe. CMOC a de son côté engagé près de 9 milliards de dollars dans deux mines de cuivre-cobalt au Congo et prévoit un projet d'expansion d'1,1 milliard de dollars. Ces investissements ont permis au Congo de plus que doubler sa production de cobalt en 3 ans et au Zimbabwe de devenir le 4e producteur mondial de lithium, attirant l'attention de Washington, qui cherche à réduire sa dépendance à Pékin pour ces minéraux.
Même après l'assouplissement des restrictions congolaises en octobre 2025, les exportations restent faibles, retardées par la mise en place des nouvelles procédures. Les prix de référence ont bondi de plus de 160% et le coût de l'hydroxyde de cobalt a quadruplé. La production de cobalt, souvent extraite comme sous-produit du cuivre, est soumise à des quotas contraignants qui obligent les exploitants à produire davantage que nécessaire pour atteindre leurs limites d'exportation.
Ces perturbations pèsent lourd sur les raffineurs, les fabricants de batteries et l'industrie automobile chinoise.
Au Zimbabwe, la transformation locale devient obligatoire. Les mineurs doivent construire des usines pour convertir le concentré de lithium en sulfate, un produit à plus forte valeur ajoutée. Mais les capacités actuelles ne permettent de traiter qu'un tiers de la production attendue, accentuant le déséquilibre.
Face à ces défis, les entreprises chinoises ont entamé des discussions avec les autorités locales pour reprendre les exportations et limiter l'impact économique. L'ambassade de Chine au Zimbabwe a rappelé l'importance de la prévention des risques et de la conformité pour éviter des pertes liées aux changements de politique. Le président zimbabwéen Emmerson Mnangagwa a insisté sur la nécessité de ‘'valoriser nos ressources au profit de notre population'' et de garantir une ‘'collaboration durable et mutuellement avantageuse'' avec les investisseurs.
D'autres métaux stratégiques sont également concernés. En Guinée, premier fournisseur de bauxite pour l'industrie chinoise de l'aluminium, les autorités prévoient de contrôler les volumes exportés et de favoriser la transformation locale. Mais, comme au Congo et au Zimbabwe, certains craignent que des changements trop brusques ne freinent les investissements étrangers.
La bataille pour le contrôle et la valorisation des métaux critiques en Afrique montre l'évolution des rapports de force géopolitiques. Les pays africains exigent désormais que leurs ressources génèrent plus de valeur sur place, obligeant les investisseurs à revoir leur stratégie et les chaînes d'approvisionnement mondiales à s'adapter à ce nouveau paysage.
Publié le 24/03/26 11:47
La Rédaction
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CEMAC