menu mobile

L’information économique au cœur des marchés africains

Profitant de la crise en Iran, les exportations de Dangote Refinery vers l'Afrique bondissent de 137% en un mois

BRVMC0000000 - BRVMC
La BRVM Ouvre dans 13h31min

La crise autour de l'Iran et les perturbations du trafic maritime dans le détroit d'Ormuz reconfigurent les approvisionnements en carburants vers l'Afrique. Dans ce contexte, la raffinerie Dangote a vu ses exportations nettement progresser, portée par la contraction des flux en provenance d'Europe et du Golfe, selon Reuters, qui s'appuie sur les données de Kpler et des sources proches des transactions.

Les expéditions du raffineur nigérian atteignent environ 214 000 barils par jour depuis le début du mois de mars, contre près de 100 000 en février, d'après Kpler cité par Reuters. À l'échelle du continent, les livraisons ont plus que doublé, passant d'environ 38 000 à 90 000 (137%) barils par jour, signe d'un basculement rapide vers des circuits d'approvisionnement plus proches.

La dynamique s'explique par le resserrement de l'offre sur les marchés traditionnels. La hausse des prix du brut et les perturbations du transport maritime réduisent la disponibilité de carburants à bas coût en provenance d'Europe et du Moyen-Orient, qui alimentaient jusqu'ici une large partie de l'Afrique de l'Ouest. Dans cet environnement, les fournisseurs disposant de capacités locales gagnent en attractivité.

Surtout que sur les marchés pétroliers, la tension reste vive et surtout imprévisible. Au 23 mars 2026, le Brent se maintient autour de la barre des 100 dollars le baril, avec des incursions au-delà de 110 dollars après avoir brièvement franchi les 120 dollars au pic des tensions, selon Reuters et des données de marché. Ces mouvements rapides traduisent une incertitude persistante autour du détroit d'Ormuz, par lequel transite une part essentielle du commerce mondial de brut. À chaque signal de perturbation, les prix réagissent immédiatement, alimentés par une prime de risque géopolitique élevée.

Dans ce contexte, Dangote profite d'un avantage immédiat. La hausse des coûts de transport et les incertitudes sur les livraisons longue distance réduisent l'attractivité des cargaisons en provenance d'Europe et du Moyen-Orient. Pour de nombreux importateurs africains, se fournir auprès d'un acteur régional devient plus rapide, mais aussi plus prévisible en termes de délais et de coûts.

Cet avantage reste toutefois précaire. Derrière la montée en puissance des exportations, plusieurs contraintes continuent de peser sur la raffinerie. Le principal point de fragilité demeure son accès au pétrole brut. Malgré une capacité de traitement de 650 000 barils par jour, l'installation ne reçoit qu'environ cinq cargaisons mensuelles de la compagnie publique nigériane NNPC, un volume largement insuffisant au regard de ses besoins, comme l'indique Bloomberg, citant son directeur général, David Bird. La raffinerie pourrait en absorber plus du double. Cette sous-alimentation limite aujourd'hui son potentiel opérationnel et la contraint à se tourner vers les marchés internationaux pour s'approvisionner, l'exposant de facto à la volatilité des prix.

C'est précisément sur ce levier que le groupe entend agir. Dangote a intensifié ses discussions avec les autorités nigérianes afin de sécuriser des volumes plus importants de brut local. Un accès accru au pétrole domestique, réglé en monnaie locale, permettrait de réduire significativement les coûts liés aux intermédiaires, au transport et aux fluctuations de change. Un enjeu d'autant plus stratégique que, selon Bloomberg, les cours du brut, les tarifs du fret et les primes d'assurance maritime ont fortement augmenté en quelques jours, sous l'effet des tensions liées à la crise iranienne.

 

Perton Biyiha

Publié le 23/03/26 18:02

La Rédaction

SOYEZ LE PREMIER A REAGIR A CET ARTICLE

Pour poster un commentaire, merci de vous identifier.

OUpp2M3Lr8gEfpu9aMJjQx29yZ9N9NJ1mLLFvqJdf3g False