Confronté actuellement à une double crise sanitaire et sécuritaire, le Niger ferait aussi face à une politique budgétaire en vigueur peu optimale.
En effet, selon un récent rapport de la Banque mondiale destiné au pays et intitulé "Maximiser l'efficacité des dépenses publiques pour mieux reconstruire", l'institution de Bretton Woods a interpellé les autorités du pays sur la nécessité de procéder à une meilleure gestion des finances publiques.
A cet égard, ce rapport stipule qu'un certain nombre de réformes de politique budgétaire dans le pays pourraient permettre de dégager jusqu'à 2% du PIB d'économie grâce à des gains d'efficacité des dépenses.
Ce qui correspond à une économie de plus de 173,45 milliards FCFA (2% du PIB 2020) que le pays pourrait réaliser chaque année grâce une exécution efficiente des dépenses publiques.
Dans un premier temps, le rapport souligne que les réformes pourraient inclure la mise à jour de la base de données des salaires, avec des gains d'efficacité résultant de la suppression des travailleurs fictifs, superflus et du personnel retraité sur la liste des salaires. Ce qui pourrait permettre des économies budgétaires de l'ordre de 0,8% du PIB.
De même, l'amélioration des processus de passation des marchés dans les secteurs de l'éducation et de l'agriculture, en mettant l'accent sur l'optimisation des ressources, pourrait engendrer des économies budgétaires de 0,2% du PIB.
Par ailleurs, la réduction des taux d'abandon et de redoublement, associée à une meilleure utilisation des enseignants et à un temps d'enseignement effectif, pourrait permettre de réaliser des gains d'efficacité de 0,7% du PIB.
De fait, pour le montant que le Niger consacre à l'éducation, les taux d'achèvement du primaire semblent meilleurs que ceux des autres pays africains, mais le pays enregistre un taux élevé de non-scolarisation ainsi que des taux élevés d'abandon et de redoublement ; une perte d'efficacité qui coûte au budget un montant estimé à 0,4% du PIB.
La sous-utilisation des enseignants et le faible temps d'enseignement effectif est l'autre source d'inefficacité dont la résolution pourrait permettre au Niger de réaliser des économies d'environ 0,3% du PIB.
De plus, le traitement de la question des inefficacités du système de santé pourrait également permettre de réaliser des économies budgétaires de 0,2% du PIB.
Et enfin dans le domaine agricole, la gestion efficace d'un programme universel de subvention des engrais pourrait générer des économies budgétaires de 0,15% du PIB.
En outre, la Banque mondiale a insisté sur le fait que le pays devrait s'adapter à un certain nombre de défis au cours des 20 prochaines années. Il s'agit de la détérioration continue des conditions climatiques qui augmentera son exposition à des chocs plus profonds pour la population et l'économie, la gestion efficiente de la richesse potentielle provenant de l'augmentation de la production pétrolière de manière productive, transparente et responsable, en évitant les pièges de nombreux autres pays d'Afrique subsaharienne et de l'amélioration de la prestation des services de base (santé, éducation) ainsi que de la qualité des infrastructures pour un nombre de personnes égal au double de sa population actuelle.
Rappelons que le PIB du Niger s'est établi à 8 672,6 milliards FCFA en 2020, selon les chiffres de la BCEAO.
Publié le 01/08/21 14:49
Dr Ange Ponou
SN
CEMAC