La Côte d'Ivoire franchit une nouvelle étape dans son ascension sur les marchés financiers internationaux. L'agence japonaise Japan Credit Rating Agency (JCR) vient d'attribuer au pays la note BB+ assortie d'une perspective positive, rapprochant désormais Abidjan d'un seul cran du très recherché statut " Investment Grade ", réservé aux emprunteurs considérés comme présentant un faible niveau de risque de crédit.
Au-delà du symbole, cette décision constitue un signal fort adressé aux investisseurs internationaux. Elle intervient quelques jours après que le FMI a reclassé le risque de surendettement de la Côte d'Ivoire de " modéré " à " faible " et moins d'un an après le relèvement de la notation souveraine du pays par Fitch Ratings, de BB- à BB avec perspective stable. L'enchaînement de ces évaluations favorables traduit une amélioration continue de la perception du risque souverain ivoirien par les principales institutions internationales.
Pour les autorités ivoiriennes, cette nouvelle reconnaissance conforte la stratégie engagée depuis plusieurs années pour renforcer la crédibilité financière du pays et diversifier ses sources de financement.
Pourquoi la note BB+ constitue une étape importante
Les agences de notation évaluent la capacité d'un État à honorer ses engagements financiers. Plus la note est élevée, plus le risque perçu par les investisseurs est faible, ce qui permet généralement à un pays d'emprunter à des conditions plus avantageuses.
Avec BB+, la Côte d'Ivoire se situe désormais à une seule marche de la catégorie Investment Grade, qui regroupe les signatures souveraines jugées suffisamment solides pour attirer une large partie des investisseurs institutionnels internationaux, notamment les fonds de pension, les compagnies d'assurance et les fonds souverains, dont les règles de gestion limitent souvent les investissements dans les pays classés en catégorie spéculative.
L'obtention de ce statut constitue ainsi un objectif stratégique. Au-delà du prestige, elle permettrait au pays d'élargir considérablement sa base d'investisseurs, de renforcer son attractivité sur les marchés internationaux et, à terme, de réduire durablement son coût de financement.
Une économie jugée résiliente malgré un environnement mondial incertain
Pour justifier son appréciation, JCR met d'abord en avant la solidité des fondamentaux macroéconomiques ivoiriens.
L'agence souligne que la Côte d'Ivoire continue d'afficher une croissance économique supérieure à 6 % par an, l'une des plus élevées du continent, malgré un contexte international marqué par les tensions géopolitiques, le ralentissement de l'économie mondiale et la volatilité des marchés financiers.
Cette résilience s'explique, selon l'agence, par la diversification progressive de l'économie, le développement de l'industrie manufacturière, la montée en puissance de l'agro-transformation ainsi que la valorisation croissante des ressources minières et énergétiques.
Autant de facteurs qui renforcent le potentiel de croissance du pays au-delà de ses secteurs traditionnels.
Une discipline budgétaire saluée
Autre élément déterminant dans l'analyse de JCR : la qualité de la gestion des finances publiques.
L'agence met en avant les progrès réalisés dans la mobilisation des recettes fiscales. Le taux de pression fiscale est ainsi passé de 12,7 % du PIB en 2022 à 14,7 % en 2025 et devrait atteindre 14,9 % dès cette année, avant un objectif de 18 % à l'horizon 2030.
Parallèlement, les autorités ivoiriennes sont parvenues à ramener progressivement le déficit budgétaire à 3 % du PIB en 2025, conformément aux critères de convergence de l'UEMOA.
Pour l'agence japonaise, cette trajectoire traduit la capacité du gouvernement à concilier discipline budgétaire et poursuite des investissements publics indispensables à la transformation structurelle de l'économie.
Une gestion de la dette considérée comme l'un des principaux atouts
L'un des enseignements majeurs de cette notation concerne la qualité de la stratégie ivoirienne de gestion de la dette publique.
JCR relève l'amélioration progressive de la trajectoire d'endettement, avec un ratio dette publique/PIB passé de 59,5 % en 2024 à 57,1 % en 2025, puis attendu à 57 % en 2026.
L'agence souligne également la diversification des sources de financement, l'accès régulier du pays aux marchés internationaux ainsi que l'allongement progressif des maturités de la dette, autant d'éléments qui contribuent à réduire les risques de refinancement.
La stratégie de financement à moyen terme prévoit d'ailleurs de couvrir environ 60 % des besoins de financement sur le marché régional contre 40 % sur les marchés internationaux, afin de limiter l'exposition aux fluctuations des marchés extérieurs et de privilégier les ressources en monnaie locale.
Le pari asiatique commence à porter ses fruits
Cette notation revêt également une dimension stratégique particulière.
Elle intervient moins d'un an après l'émission du premier Samurai Bond souverain de la Côte d'Ivoire, réalisée en juillet 2025. Cette opération historique de 50 milliards de yens (environ 340 millions de dollars), assortie d'une maturité de dix ans et d'un coupon de 2,33 %, avait fait de la Côte d'Ivoire le premier État d'Afrique subsaharienne à accéder au marché obligataire japonais.
Au-delà des ressources mobilisées, cette émission avait permis au pays de se faire connaître d'un nouvel univers d'investisseurs institutionnels asiatiques.
La notation attribuée aujourd'hui par JCR, première agence de notation du Japon et l'une des références majeures en Asie, prolonge cette stratégie en renforçant la visibilité et la crédibilité de la signature souveraine ivoirienne sur l'un des plus importants marchés financiers mondiaux.
Quelques mois après cette opération, la Côte d'Ivoire innovait également avec un prêt lié au développement durable de 433 millions d'euros, bénéficiant d'une structure inédite associant les garanties de la Banque internationale pour la reconstruction et le développement (BIRD) et de l'Agence multilatérale de garantie des investissements (MIGA). Cette opération, d'une maturité de quinze ans avec dix années de grâce, fait désormais référence auprès de plusieurs institutions financières internationales.
Un signal positif envoyé aux investisseurs
Au-delà de la note elle-même, la perspective positive attribuée par JCR signifie que l'agence estime qu'une nouvelle amélioration est envisageable si la Côte d'Ivoire poursuit la trajectoire actuelle de ses réformes économiques et budgétaires.
Cette appréciation renforce la crédibilité du pays auprès des investisseurs internationaux et pourrait favoriser un élargissement de la base d'investisseurs susceptibles de participer aux prochaines émissions souveraines ivoiriennes.
Surtout, elle rapproche un peu plus la Côte d'Ivoire du statut Investment Grade, considéré comme l'un des principaux marqueurs de confiance sur les marchés internationaux. Pour un pays engagé dans un vaste programme d'investissements en infrastructures, en énergie, en transport et en industrialisation, cette évolution pourrait, à terme, se traduire par une réduction durable du coût de financement et un accès encore plus favorable aux capitaux internationaux.
En obtenant cette nouvelle reconnaissance de la part de la principale agence de notation japonaise, Abidjan consolide ainsi sa position parmi les signatures souveraines les mieux perçues d'Afrique subsaharienne et confirme sa stratégie de diversification vers les grands marchés financiers asiatiques, désormais appelés à jouer un rôle croissant dans le financement de son développement.
Pour rappel, JCR évalue des Etats et institutions de premiers plans comme l'Inde, la BAD, Afreximbank ou encore la BOAD.
Publié le 01/07/26 08:58
Jean Mermoz Konandi
SN
CEMAC