Les pays en développement ont été contraints de mobiliser un montant record de 443,5 milliards de dollars en 2022 pour répondre aux obligations de service de leur dette publique extérieure et des dettes garanties par l'État, selon le dernier rapport sur la dette internationale de la Banque mondiale. Ce chiffre alarmant révèle une tendance préoccupante pour ces économies en quête de croissance.
L'analyse du rapport met en lumière une augmentation de 5% des paiements au titre du service de la dette publique extérieure (principal et intérêts) pour l'ensemble des pays en développement par rapport à l'année précédente. Cette situation soulève des inquiétudes quant à l'allocation des ressources, détournant des fonds précieux qui pourraient être affectés à des secteurs essentiels tels que la santé, l'éducation et l'environnement.
La croissance des charges de la dette découle non seulement de l'accroissement des emprunts contractés, augmentant ainsi l'encours de la dette extérieure, mais également de l'appréciation du dollar. Cette dernière tendance rend les remboursements plus coûteux, aggravée par la flambée des taux d'intérêt des principales banques centrales mondiales, ce qui renchérit davantage le coût des emprunts et expose les économies en développement à des vulnérabilités croissantes liées à la dette.
Dans un contexte, le rapport révèle que 10 pays en développement ont connu 18 défauts de paiement souverains au cours des trois dernières années. En outre, environ 60% des pays à faible revenu sont actuellement confrontés à un risque élevé de surendettement ou sont déjà dans cette situation.
Un exemple concret de cette dynamique est l'encours de la dette extérieure des pays éligibles au financement de l'IDA (Association internationale de développement), le guichet de la Banque mondiale dédié aux pays en développement, qui a atteint un record de 1 100 milliards de dollars. Cette augmentation de 134% depuis 2012 dépasse largement celle de leur revenu national brut (RNB), qui n'a augmenté que de 53% sur la même période.
Par ailleurs, les paiements d'intérêts absorbent désormais une part croissante des recettes d'exportation des pays à faible revenu. Toute nouvelle hausse des taux d'intérêt ou toute forte baisse des recettes d'exportation pourrait exacerber encore davantage la pression financière sur ces pays déjà fragilisés.
Cette situation appelle à une action urgente pour mettre en place des politiques de gestion de la dette plus efficaces et des mécanismes visant à soutenir la croissance économique durable tout en préservant les secteurs vitaux pour le bien-être des populations issues de ces pays.
Publié le 17/12/23 15:42
Dr Ange Ponou
SN
CEMAC