Les transferts d'argent vers les pays en développement entrent dans une nouvelle phase de transformation. Portés par la numérisation des services financiers, leurs coûts ont reculé de plus de 9% en 2009 à environ 6% aujourd'hui. Une amélioration significative, mais encore insuffisante au regard des enjeux sociaux et économiques qu'ils représentent pour des centaines de millions de ménages.
La mutation est d'autant plus marquante que les paiements numériques ont désormais pris l'avantage sur les circuits traditionnels en espèces. Leur coût moyen est tombé à environ 4%, contre près de 7% pour les transferts physiques. Dans près de la moitié des corridors, les frais passent sous la barre des 5%, signe d'un basculement structurel du marché. Pourtant, l'Afrique subsaharienne demeure la région la plus pénalisée, avec des coûts durablement élevés.
Le constat est sans ambiguïté d'après un article de la Banque mondiale. ‘'La révolution numérique porte ses fruits, mais de manière inégale''. Une inégalité qui ne tient pas uniquement aux infrastructures transfrontalières, mais aussi aux conditions d'accès des utilisateurs eux-mêmes. Les détenteurs de smartphone, d'identité numérique et de compte formalisé bénéficient de tarifs nettement plus compétitifs, tandis que les paiements en espèces restent associés à des frais élevés en raison d'un accès limité aux services digitaux.
Selon le texte, cette dynamique confirme pourtant un point clé : ‘'des transferts de fonds abordables sont possibles lorsque la concurrence, la numérisation et les infrastructures adéquates convergent''. Reste à généraliser ces conditions.
Trois leviers sont identifiés pour accélérer la baisse des coûts d'ici 2030. Le premier repose sur l'ouverture des systèmes de paiement rapide nationaux aux prestataires non bancaires. L'intégration de ces acteurs permettrait de réduire le coût d'un transfert de 200 dollars de 0,3 à 1 point de pourcentage, en renforçant la concurrence et en court-circuitant les chaînes bancaires traditionnelles.
Le deuxième levier est l'éducation financière, encore insuffisante dans de nombreuses régions. Elle permettrait de lever les freins liés à la méfiance ou à la méconnaissance des solutions numériques, même si elle ne peut compenser les contraintes structurelles, notamment les exigences d'identification.
Enfin, le troisième axe porte sur la concurrence. L'ouverture des marchés à une diversité d'acteurs bancaires et non bancaires apparaît comme un facteur déterminant de baisse des coûts, les nouveaux modèles numériques ayant déjà prouvé leur efficacité.
Au-delà de la question tarifaire, les transferts de fonds sont appelés à jouer un rôle plus large dans l'inclusion financière. L'article souligne leur potentiel en tant que base d'historique de revenus, ouvrant l'accès au crédit, à l'épargne et à l'assurance pour des populations souvent exclues du système financier formel. ‘'L'objectif est désormais de faire en sorte que l'argent envoyé au pays offre des opportunités aux familles restées au pays'' insiste le texte.
Dans un contexte marqué par l'arrivée de 1,2 milliard de jeunes sur les marchés du travail des pays en développement dans la prochaine décennie, l'enjeu dépasse la simple réduction des frais. Il s'agit désormais de transformer les transferts de fonds en véritable levier de financement de l'entrepreneuriat et de création de valeur locale.
Publié le 03/07/26 13:39
Dr Ange Ponou
SN
CEMAC