Depuis le 30 octobre 2026, quelque 6 000 produits d'origine congolaise peuvent accéder au marché des Émirats arabes unis en franchise de droits de douane. Cette mesure découle de l'entrée en vigueur de l'accord de partenariat économique global signé le 2 février 2026 à Abou Dhabi. Selon la présidence de la République démocratique du Congo (RDC), cet accord ouvre ainsi de nouvelles perspectives commerciales aux exportateurs congolais.
Signé en présence du président émirati, Cheikh Mohammed ben Zayed Al Nahyane, et de son homologue congolais, Félix-Antoine Tshisekedi, l'accord dépasse le seul commerce des marchandises. Il couvre également les services, les investissements, les marchés publics, le commerce numérique et la coopération douanière
. Son entrée en vigueur pose toutefois la question de la capacité des entreprises congolaises à tirer pleinement parti de ces débouchés, notamment en développant l'exportation de produits à plus forte valeur ajoutée.
La RDC dispose en effet d'importantes ressources minières, notamment en cuivre, cobalt, or, étain, tantale et tungstène. Selon l'agence de presse émiratie WAM, le pays représente plus de 70 % de la production mondiale de cobalt et occupe le premier rang africain pour le cuivre.
Ces ressources alimentent des chaînes de valeur stratégiques, notamment celles des batteries, des équipements électriques et des technologies liées à la transition énergétique.
Cette abondance minérale constitue un atout commercial majeur, mais elle met également en évidence un enjeu structurel : la place de l'industrie congolaise dans les chaînes de valeur internationales.
L'exportation de minerais bruts ou faiblement transformés génère des recettes, sans permettre au pays de capter l'ensemble de la valeur créée lors du raffinage, de la transformation industrielle et de la fabrication de produits finis. L'accès préférentiel au marché émirati ne suffira donc pas, à lui seul, à corriger cette faiblesse.
Pour Kinshasa, l'enjeu consiste à convertir les nouvelles facilités commerciales en débouchés pour une production locale davantage transformée. Cela suppose de renforcer les capacités industrielles, de développer les infrastructures logistiques et de favoriser l'émergence d'activités capables d'intégrer les ressources naturelles dans des produits à plus forte valeur ajoutée. Une telle évolution permettrait de diversifier les recettes d'exportation, de soutenir l'emploi industriel et d'accroître la participation des entreprises congolaises aux chaînes de valeur internationales.
Un mémorandum distinct, signé en février 2026, porte notamment sur les investissements miniers, la traçabilité des minerais et la sécurisation des approvisionnements. Les informations disponibles ne précisent toutefois ni le montant des investissements attendus ni l'existence d'une obligation générale de transformation locale.
Un commerce bilatéral encore déséquilibré
La nécessité de mieux valoriser les exportations congolaises apparaît également à la lecture des échanges commerciaux entre les deux pays. Selon les données du ministère congolais du Commerce extérieur, les exportations de la RDC vers les Émirats arabes unis ont atteint 1,1 milliard de dollars en 2023, contre 3 milliards de dollars d'importations en provenance de ce pays.
Le déficit commercial bilatéral s'est ainsi établi à près de 2 milliards de dollars. En 2022, les importations congolaises s'élevaient déjà à 2,1 milliards de dollars, tandis que les exportations atteignaient 1,4 milliard de dollars.
L'accord commercial ouvre donc des perspectives aux exportateurs congolais, mais il bénéficie également aux entreprises émiraties. Celles-ci disposent de conditions d'accès élargies au marché congolais pour des produits tels que les véhicules, les machines, les équipements électroniques et les matériaux de construction.
Au-delà des dispositions commerciales, les deux pays s'intéressent aussi au développement des infrastructures susceptibles de faciliter les échanges. Les Émirats cherchent notamment à renforcer leur rôle de plateforme de distribution pour les minerais et les produits agricoles congolais.
Cette orientation s'accompagne de projets logistiques distincts, dont le développement du port en eaux profondes de Banana, auquel participe DP World, ainsi que les activités liées au port de Matadi. Ces infrastructures pourraient améliorer l'acheminement des marchandises et leur accès aux marchés internationaux, sans que leur financement soit pour autant automatiquement lié à l'accord commercial.
Claude Paul Tjeg
Publié le 02/11/26 15:50
La Rédaction
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