Au Sénégal, les cybercriminels ne lâchent pas les structures publiques financières. Cette fois-ci, ils ont frappé au cœur du système, à travers le Trésor public. Il traverse des instants incertains, dans un contexte particulier marqué par les préparatifs de la fête de Tabaski, qui tombe juste à la fin du mois. Une situation qui installe la psychose et la hantise auprès des usagers.
Déjà hier lundi, des syndicats ont exprimé leurs inquiétudes quant aux paiements des salaires et autres primes. Dans l'après midi même, la réaction des autorités de cette régie financière n'a pas tardé. Dans un communiqué la Direction de la Comptabilité publique et du Trésor a tenté d'apaiser le climat et de rassurer les usagers.
"La Direction générale de la Comptabilité publique et du Trésor (DGCPT) informe le public que les opérations de sécurisation et de restauration de ses systèmes d'information se poursuivent, avec succès, suite à l'incident ayant affecté une partie de ses infrastructures numériques", a indiqué le Trésor public sénégalais. À l'en croire, les analyses techniques réalisées à ce stade confirment que cet incident résulte d'actes malveillants ayant entraîné des perturbations sur certains services et plateformes et une diffusion irrégulière d'informations passible de poursuites.
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Pour le spécialiste en cybersécurité, Babacar Charles Ndoye, lorsque des institutions aussi stratégiques que la Direction Générale des Impôts et des Domaines, le Trésor Public du Sénégal et la Direction de l'Automatisation des Fichiers deviennent victimes de cyberattaques dans un intervalle aussi réduit, il devient dangereux de continuer à parler de simple “malchance numérique”.
Pour lui, il y a en face à une réalité beaucoup plus grave. " Il s'agit d'une une mise à l'épreuve de la résilience de l'État, de sa capacité de protection de ses données stratégiques et de son aptitude à défendre ses infrastructures critiques contre des acteurs organisés, structurés et possiblement soutenus par des intérêts dépassant le simple cadre criminel", souligne Babacar Charles Ndoye.
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D'après l'analyse de Babacar Charles Ndoye, une cyberattaque contre une administration fiscale ne vise pas uniquement des serveurs; une attaque contre le Trésor ne vise pas uniquement des applications mais elle touchent directement la confiance des citoyens ; la continuité de l'État ; l'intégrité des recettes publiques ; la sécurité des identités nationales ; la souveraineté numérique du pays ; et, à terme, la stabilité institutionnelle elle-même.
Ainsi, Babacar Charles Ndoye juge impératif d'engager des investigations techniques et forensiques indépendantes ; d'évaluer les responsabilités organisationnelles et décisionnelles ; et de revoir en profondeur la gouvernance de la sécurité des systèmes d'information de l'État. Les autres actions nécessaires selon Babacar Charles Ndoye sont l'identification des défaillances humaines, contractuelles, techniques et stratégiques ; et surtout de considérer enfin la cybersécurité comme une question de souveraineté nationale et non comme un simple sujet informatique.
Publié le 19/05/26 11:10
Mouhamadou Dieng
SN
CEMAC