Au Sénégal, la mission du Fonds monétaire internationale conduite par Mercedes Vera Martin a annoncé mardi, un accord de 36 mois au titre de la FEC, d'un montant équivalant à 475 % de la quote-part du Sénégal auprès du Fonds, soit environ 1 537,1 millions de DTS (Droit de tirages spéciaux).
Pour le spécialiste et doctorant en Finances publiques, Mor Thiam, ce communiqué du Ministère de l'économie, des Finances et du Plan replace cet accord dans un narratif de résilience macroéconomique. Il s'agit d'une croissance du PIB réel de 6,5 % en 2024 et 6,7 % en 2025, portée par la montée en puissance des hydrocarbures, mais une révision à la baisse pour 2026, à 2,7 %, imputée à la conjoncture internationale. Sans oublier le déficit budgétaire, ramené de 13,4 % du PIB en 2024 à 6,4 % en 2025, est présenté comme la preuve de l'efficacité des réformes engagées depuis 2024, à la suite de l'audit ayant révélé l'ampleur de la dette non déclarée sous l'administration précédente.
D'un point de vue économique, considère le spécialiste, ce programme représente une véritable bouffée d'oxygène pour les finances publiques sénégalaises à deux titres majeurs. Premièrement, analyse l'expert, il permet d'accéder à des ressources concessionnelles à faible coût, offrant une alternative indispensable face aux conditions de financement particulièrement coûteuses du marché régional de l'UEMOA, où les taux d'intérêt avoisinent actuellement les 8 %.
Deuxièmement, souligne Mor Thiam, la conclusion d'un accord avec le FMI produit a priori un effet de levier déterminant en envoyant un signal positif capable de restaurer la confiance éventuelle des marchés financiers internationaux à l'égard du Sénégal.
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Au plan strictement juridique, le doctorant en Finances publiques souligne que ce n'est pas un accord de financement au sens strict. Selon lui, communiqué du FMI le précise expressément. À l'en croire, les déclarations qui l'accompagnent sont celles des services du Fonds et n'engagent ni le Conseil d'administration ni la Direction. " Deux conditions cumulatives restent à satisfaire avant tout examen par le Conseil : la mise en œuvre de mesures correctrices liées aux irrégularités de communication d'informations sur la dette, et l'obtention des assurances de financement des partenaires extérieurs (formule qui renvoie précisément à l'aboutissement du traitement de la dette) ", souligne Mor Thiam.
" Une restructuration de la dette extérieure "
Pour Mor Thiam, le vocabulaire retenu par le MEFP mérite un examen attentif. Il estime que le communiqué évite systématiquement le terme de " restructuration " ou de " rééchelonnement ", lui préférant les expressions de " gestion active de la dette " et de " traitement ". Or, indique M. Thiam, la description matérielle de l'opération correspond, sur le fond, à une restructuration classique de dette souveraine extérieure.
Trois éléments l'établissent d'après lui. Premièrement, il s'agit du champ de l'opération. Car, souligne Mor Thiam, le communiqué précise que la dette libellée en francs CFA restera hors périmètre, ce qui signifie, en creux, que le PTDS, le programme de traitement de la dette, vise l'encours en devises étrangères, détenu par les créanciers bilatéraux officiels, commerciaux et multilatéraux.
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Deuxièmement, indique le spécialiste, le cadre procédural retenu : le gouvernement a fait savoir son intention de recourir au Cadre commun du G20 (Common Framework), dans une version dite " améliorée ", prévoyant un calendrier resserré et des consultations parallèles avec l'ensemble des créanciers. Ce cadre, conçu initialement pour les pays à faible revenu (PFR) et étendu aux cas complexes d'accès restreint aux marchés, organise précisément des opérations de restructuration (rééchelonnement, allongement de maturités, voire décote)négociées collectivement. Le Ghana et la Zambie sont récemment passées par là, note-t-il.
Troisièmement, explique Mor Thiam, la finalité assumée est de" restaurer durablement le profil de la dette publique " et " ramener le poids du service de la dette aux normes admises " désignent, en pratique financière, un allègement de la charge de remboursement.
" Tous ces éléments signifient ce que restructurer veut dire : modifier les termes contractuels initiaux, renégocier les termes de la relation d'endettement. Ce que le communiqué ne dit pas est tout aussi significatif : aucun chiffrage de l'encours concerné, ni la liste des créanciers visés, ni la nature des instruments (obligations souveraines, prêts bilatéraux, créances commerciales), ni le type de traitement recherché ", analyse Mor Thiam.
En outre, il considère que le texte reste également silencieux sur l'articulation exacte entre les critères habituels d'éligibilité du Cadre commun du G20 et le statut de pays à revenu intermédiaire de la tranche inférieure du Sénégal, masquant ainsi les tensions diplomatiques et financières sous-jacentes à une telle démarche.
Publié le 03/09/26 10:23
Mouhamadou Dieng
SN
CEMAC